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Enquêtes et fichages. "SAGE" a disparu : Thriller à l’INSERM et à l’Education nationale !

La récidive est consommée ! Mais à qui profite le crime ?

mercredi 4 juin 2008, par CGT Educ’Action 94

La récidive est une action très en vogue depuis quelques temps en France et particulièrement au sein des gouvernements depuis 2002 !

Après les rapports ( Bénisti et Inserm), les enquêtes ( Panel des 35 000, les évals CM2... et on ne sait pas encore tout !), les fichages ( de Base élèves à tous les fichiers de traitement informatisés partagés liés essentiellement à la loi de prévention de la délinquance), les tests ADN pour contrôler l’immigration, nous apprenons que SAGE a existé et disparu !

Petite introduction :

L’action se déroule dans l’académie de Champagne-Ardenne au printemps 2007.... entre le rectorat, l’Inserm via le professeur Philip Gorwood et des lycéens ...."SAGE " est leur point commun !

Qui est SAGE ?

Sage : enquête sur les attitudes comportementales des lycéens associée à un prélèvement d’ADN.

Rappel du lieu et des collaborations

Lieu : Académie de Champagne-Ardenne

Collaborations : Education nationale et Inserm via l’ ORS
( Observatoire régional de la santé)

Mais que s’est-il passé ?

SAGE A DISPARU ! IMPOSSIBLE DE REMETTRE LA MAIN SUR L’ENQUÊTE ET LES ECHANTILLONS ADN DES ELEVES !!!!!

POURQUOI SAGE A-T-IL DISPARU ?

A QUI PROFITE LE CRIME, SE DIRAIT LE COMMISSAIRE ADAMSBERG (héros des policiers de Fred Vargas ?

Certains liens dans l’article ci dessous sont sur l’article original LDH Toulon et d’autres sont de notre fait !

Voir aussi le Monde Diplomatique de juin 2008 : articles et dossiers autour de ce thème. A la une : " A qui appartient votre ADN", Derrière la science, un filon commercial par Franz Manni, maître de conférences en génétique au Musée de l’Homme, Paris !

Voir encore : la question au gouvernement de la Sénatrice de Paris, Mme Nicole Borvo Cohen-Seat


RAPPEL DES FAITS (OU DES MEFAITS) SUR LE SITE DE LA LDH TOULON :

Une enquête sur le mode de vie et les “consommations” des lycéens avait été lancée dans l’académie de Champagne-Ardenne, au printemps 2007. L’objectif annoncé était l’étude de l’interaction entre facteurs environnementaux et facteurs génétiques — autrement dit : est-il possible de “prédire” le comportement (probable) d’un individu à partir de ses gènes ?

A l’époque, cette enquête, constituée d’un questionnaire orienté et d’un prélèvement d’ADN, avait été très fortement contestée, notamment par le site souriez.info [1]. Elle a valu à son concepteur, le professeur Philip Gorwood, de se voir attribuer le prix George Orwell 2007.

Mais, depuis lors, plus aucune information sur “Sage”. L’enquête a disparu ! On en arrive même à se demander si elle a jamais existé... Et pourtant LeMonde.fr lui avait consacré un dossier, il y a un an. Nous le reprenons ci-dessous.


A la recherche des gènes de l’addiction en Champagne-Ardenne
par Antoine Champagne, LeMonde.fr, 19 juin 2007

Quelque 5 à 6 000 jeunes scolarisés dans une vingtaine d’établissements de Champagne-Ardenne ont participé à une étude sur la consommation de substances psycho-actives en mars dernier. L’étude SAGE (Susceptibilité à l’alcool : génétique et environnement), une "enquête épidémiologique et génétique analysant les facteurs impliqués dans la vulnérabilité aux problèmes d’addiction" devait porter sur des sujets scolarisés mais majeurs ("afin d’éviter le consentement des parents", selon les termes des auteurs du projet dans leur déclaration auprès de la CNIL). L’Inserm, promoteur de l’étude, s’est appuyé sur l’Observatoire régional de la santé (ORS) Champagne-Ardenne et le rectorat pour trouver ses sujets d’étude. Le rectorat ayant instamment invité les proviseurs à faire réaliser cette enquête dans leurs établissements.

La recherche, portait, selon l’Inserm et l’ORS Champagne-Ardenne, "sur l’interaction entre les facteurs environnementaux et génétiques, c’est à dire qu’à l’aide d’analyses statistiques, nous chercherons à comprendre comment les expériences vécues, la situation sociale et les antécédents personnels et familiaux, par exemple, peuvent interagir avec notre patrimoine génétique (...) pour expliquer nos consommations et/ou notre vulnérabilité à développer abus ou dépendance".

En clair, certains gènes peuvent participer au phénomène d’addiction. Leur présence ne signifie pas que l’on va devenir alcoolique ou drogué. Il y a, selon les promoteurs de l’étude, des interactions entre l’environnement et le patrimoine génétique qui peuvent toutefois déclencher des addictions. Un document remis à la CNIL pour obtenir son accord explique que l’objectif de l’étude est "de découvrir les traits endophénotypiques (par l’évaluation de nombreux paramètres caractérisant les sujets inclus) et les gènes (par l’analyse d’une dizaine de gènes dits ’candidats’) impliqués dans les effets ressentis des premières consommations, effets qui constituent des marqueurs puissants du risque ultérieur d’addiction, marqueurs pourtant très sous-évalués à ce jour".

Questionnaire et prélèvement buccal

Les jeunes devaient remplir un questionnaire anonyme contenant plus de 130 questions, puis, procéder eux-mêmes à un prélèvement buccal d’ADN. Ils pouvaient en outre, s’ils le souhaitaient, laisser leurs noms et coordonnées (y compris le numéro de sécurité sociale) dans une enveloppe fermée pour être contactés à nouveau dans trois ans. L’idée étant d’observer si les résultats initiaux se vérifieront quelques années plus tard.

Le professeur Philip Gorwood, responsable de l’unité 657 de l’INSERM, qui dirige cette étude, a obtenu un accord de la CNIL. Les jeunes participants n’ont cependant visiblement pas disposé de toutes les informations leur permettant de s’engager de manière éclairée dans cette étude. Seul un proviseur de l’un des lycées concernés, le lycée Jean-Jaurès de Reims, a refusé de laisser l’étude se dérouler dans ses locaux. Il explique ainsi dans sa lettre d’information de mai qu’elle se déroulait "dans la précipitation" et que la communication était "insuffisante". Il n’avait d’ailleurs pas pu obtenir à l’avance le contenu du questionnaire.

Ce questionnaire a été communiqué au Monde.fr par le docteur Gorwood. Les questions ne sont pas posées sur un mode positif de type : "Quand vous étiez à l’école primaire, vous étiez un élève sans problèmes et vous réussissiez votre scolarité ? " Au contraire, elles le sont sur un mode négatif : "Vous étiez désobéissant, (...) vous aviez une mauvaise opinion de vous-même ?" La lecture du questionnaire lui-même dessine le profil de jeunes en situation de mal-être, sinon de détresse, en difficulté scolaire frappés par des problèmes d’anorexie ou de boulimie, de drogues, etc. Sauf s’ils ont répondu non à toutes les questions bien entendu... En outre, l’enquête porte incidemment sur l’ADN et l’origine ethnique de jeunes scolarisés : le questionnaire comprend notamment des questions sur les origines des parents et des grand-parents des personnes interrogées.

Un conseiller en génétique auprès du président

L’enquête menée en Champagne-Ardennes s’inscrit dans le droit fil du document de l’Inserm intitulé "Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent" (2005) qui avait déclenché un tollé en préconisant un dépistage de certains troubles de l’enfant dès 36 mois. L’opposition à ce rapport avait donné naissance au collectif "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans !" et un livre préfacé par Albert Jacquard. Parmi les unités de l’Inserm ayant participé au dit rapport, l’on retrouvait l’unité 675 du professeur Philip Gorwood. De même que dans d’autres documents alliant recherche génétique et troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent.

Au delà, cette enquête intervient dans un contexte de recours croissant aux prélèvements génétiques, sous l’effet en particulier de la loi sur la sécurité intérieure adoptée en 2003 sous l’impulsion du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy. Ce dernier, devenu président, s’est aussitôt doté d’un conseiller en génétique en nommant le docteur Arnold Munnich, conseiller à la présidence de la République, une première. Arnold Munnich dirige l’unité "Handicaps génétiques de l’enfant" de l’Inserm à l’hôpital Necker-Enfants malades.

"Subrepticement, notre société, au nom du paradigme sécuritaire, s’habitue à l’usage de ces marqueurs biométriques," dénonce le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) dans un avis récent intitulé "Biométrie, données identifiantes et droits de l’homme" [2]. Le CCNE s’offusque d’une "loi qui fait du refus de se soumettre à ce prélèvement [ADN] un délit". Le Comité, en termes diplomatiques mais clairs, s’inquiète d’une volonté masquée de fichage de toute la population : "S’il s’agit d’initier une pratique de prélèvements généralisés à toute une population, il n’est nul besoin de prendre comme prétexte l’infraction à quelque règle que ce soit. En ce domaine plus qu’en d’autres, la finalité des pratiques doit être clairement définie."

Un questionnaire orienté

Le questionnaire remis aux étudiants porte sur leur environnement : avec qui vivent-ils, où sont nés leurs grands-parents, les parents travaillent-ils, quel est leur niveau d’études ? D’autres questions portent sur leur "profil" : sèchent-ils les cours, mangent-ils correctement, ont-ils subi des agressions sexuelles, étaient-ils distraits, anxieux, coléreux, déprimés, désobéissants, rebelles, irritables, impopulaires, immatures à l’école primaire ?

Une autre partie du questionnaire vise clairement à déterminer leur profil de délinquant potentiel : "Avez-vous plus d’une fois utilisé une arme comme une matraque, une arme à feu, ou un couteau lors d’une bagarre ?", "Avez-vous plus d’une fois imité la signature de quelqu’un sur un chèque ou une carte de crédit ?", "Avez-vous déjà pris de l’argent ou le bien d’autrui par la menace ou en ayant recours à la force, comme un vol à l’arraché ou voler quelqu’un ?"

La partie sur les addictions ne vient qu’ensuite. Des questions portent alors sur le niveau de consommation de certains produits (drogues, alcool, cigarette) et les effets induits, ainsi que sur la consommation des parents.

Antoine Champagne


Toujours sur le site de la LDH Toulon

Jacques Testart : "Les succès de la génétique sont surtout policiers"

LeMonde.fr, 19 juin 2007
Jacques Testart est agronome et biologiste, directeur de recherche à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Il est également le père scientifique du premier bébé-éprouvette français, né en 1982. Il s’inquiète des études associant gènes et comportement.

"Les succès de la génétique sont surtout policiers, indique Jacques Testart. On trouve des gènes responsables de maladies, mais on en soigne peu avec la génétique." Ce scientifique évoque également les risques de mauvaise interprétation dans ce type de travaux :"On peut trouver un gène lié à la vitesse de l’influx nerveux, cela ne veut pas dire que l’on a trouvé le gène de l’intelligence."

De même, "il ne faut pas perdre de vue la multitude de facteurs qui influencent le message du génome. Par exemple, un gène favorisant un comportement compulsif consistant à tenir quelque chose dans sa main ne signifie pas que l’on est en présence d’un gène lié au fait de fumer un joint ou une cigarette".


Toujours sur le site de la LDH Toulon :

- mise en garde du Comité consultatif national d’éthique contre la généralisation de la biométrie

- l’avis en pdf du CCNE : "Biométrie, données identifiantes et Droits de l’Homme"


Voir aussi sur le site de la CGT Educ Action 94 :

- Du fichage généralisé des enfants et des adultes à l’anéantissement insidieux des libertés publiques : un contrôle méthodique et dangereux des populations ! Dérives sécuritaires d’un Etat... par la CGT Educ’Action 94. jeudi 15 mai 2008

- L’enfant, l’adolescent serait-il devenu un danger pour les gouvernements depuis 2002 ? Commission Varinaud, fichage, enquêtes sur les enfants !

- Et la rubrique : enfance adolescence