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Collectifs Filière Technologique et Professionnelle et Certifiés-Agrégés CGT Educ’Action Créteil

L’enseignement professionnel sur la mauvaise voie ! Quelles articulations à venir entre les 3 voies du lycée après le collège ?

Audience rectorale du vendredi 30 mai 2008

mardi 3 juin 2008, par CGT Educ’Action 94

L’enseignement professionnel sur la mauvaise voie ! Quelles articulations à venir entre les 3 voies du lycée après le collège ?
Audience rectorale du vendredi 30 mai 2008

Un collectif restreint Filière Professionnelle et Technologique du second degré s’est réuni à Créteil le 30 mai à Créteil afin de faire le point sur la situation dans l’enseignement professionnel et les répercussions des réformes dans le reste de l’Education Nationale. Nous avions invité l’UNL afin d’avoir un échange complémentaire sur cette question et afin de discuter des revendications des lycéens qui sont convergentes avec celles que nous défendons.


Introduction et discussion lors de la réunion des collectifs FTP-Certif./Agr.

Nous avons rappelé que le bac pro 3 ans, après sa création par la branche métallurgique du Medef en 2001, a fait son apparition dans un LP de l’académie de Créteil en 2002.

Deux sections industrielles ont été ouvertes. Les collègues volontaires pour ce nouveau parcours diversifié en expérimentation, avec lesquels nous avons travaillé, ont proposé un protocole à respecter : élèves volontaires, inscription au BEP puis passage en terminale bac pro à l’obtention du BEP, respect des référentiels, diminution des PFE, augmentation de la dotation horaire. Rapidement, le rectorat a multiplié des ouvertures de sections en bac pro en 3 ans (48 divisions en septembre 2007) et en ignorant le protocole de l’expérimentation.

Aucun bilan complet et sérieux ne nous a été présenté, ainsi les « pertes » d’élèves ont tout simplement été ignorées. Lorsque Xavier Darcos a annoncé la généralisation du bac pro en 3 ans fin octobre 2007, nous avons proposé des initiatives (rassemblement, audience commune, pétition intersyndicale) avec tous les syndicats en direction du rectorat de Créteil. Nous avons dans ce cadre, avec toutes les organisations syndicales de l’académie, rencontré à deux reprises le recteur qui avait pris l’initiative d’aller au-delà des préconisations du ministre : le 19 décembre 2007 et le 22 janvier 2008. Même lorsque plusieurs syndicats (SNETAA, SGEN, SNALC et SE-UNSA) ont acté avec le ministre un protocole de discussion sur la Généralisation du Bac Pro 3ans le 18 décembre 2008, l’action unitaire, hormis les syndicats signataires (à l’exception de la CFDT à Créteil), s’est poursuivi avec aussi une intersyndicale Île de France.

Lors de l’audience intersyndicale avec le Recteur le 22 janvier 2008, nous avons obtenu que les Conseils d’administration des lycées de l’académie soient consultés. Ce qui a permis d’éviter 25% de suppressions supplémentaires de BEP 2 ans que le recteur prévoyait pour implanter un bac pro 3 ans.

Dans ce cadre, les personnels avec parfois les élèves de nombreux établissements se sont mobilisés, ont manifesté devant le rectorat et ont fait reculer les ouvertures de BAC PRO 3 ans supprimant les BEP 2ans.

Nous pouvions aussi comptabiliser 4000 signatures fin janvier 2008 (dont près de 2000 pour Créteil) sur la pétition intersyndicale : " Non à la généralisation du BAC PRO 3 ans OUI au maintien des BEP 2 ans et BAC PRO 2 ans".

Nous étions en attente d’une mobilisation nationale, mobilisation prévue par la CGT Educ’Action au plan national pour janvier 2008. La mobilisation unitaire sur les salaires a d’abord différé cette proposition et les suppressions massives d’emploi dans le second degré ont pris le devant des mobilisations enseignantes. Pourtant la question de la généralisation du Bac Pro 3 ans est toujours restée d’actualité dans les mobilisations importantes qui ont suivi en Mars, Avril et Mai 2008.

Des mobilisations importantes lycéennes contre les suppressions de postes et contre la généralisation du BAC PRO 3 ans ont été soutenues dans la même période par les organisations syndicales FSU, CGT, SUD principalement.

Ainsi le Recteur a du recevoir le 2 avril 2008 une délégation inédite d’élus représentant les conseils généraux du 77, 93 et 94, d’élus régionaux, des FCPE des 3 départements et l’intersyndicale FSU, FO, CGT, CNT, SUD et SGEN sur la question des emplois supprimés dans le secondaire, la question du remplacement dans les écoles et la généralisation du BAC PRO 3 ans. Pourtant, aucune action nationale déterminante n’a pu être mise en place sur le BAC PRO 3 ans alors même que le ministre, rectorats et les syndicats signataires du protocole de discussion tenaient seuls leurs réunions de travail.

Le relevé de conclusions du 30 Avril 2008 et l’accord qui en résulte signé par le seul SNETAA et les SNPDEN et ID- FAEN (Chefs d’établissements) début mai 2008 entérine bien la mise en place généralisé du BAC pro 3 ans fin de troisième de collège avec une généralisation de la phase expérimentale en 2008. Pour la CGT, la rénovation de la voie professionnelle devait s’articuler avec la réforme des voies générales et technologique du lycée.

Nous en arrivons aujourd’hui au fait accompli sur la voie professionnelle et il n’y a pas eu de recul suffisant sur l’objectif gouvernemental affiché le 29 octobre 2007 de généraliser l’expérimentation BAC PRO 3 ans à la rentrée 2008. Cet objectif de 25% des effectifs élèves entrant actuellement en formation BEP avec des taux à 50% dans plusieurs filières professionnelles, loin d’être démenti a même été dépassé par la volonté rectorale dans la plupart des académies. Ainsi l’académie de Créteil reste bien dans ce cadre des 25% alors qu’il y a eu recul sur les propositions initiales d’ouverture de BAC PRO 3 ans. Le 15 mai dernier, la CGT Educ’Action en conférence de presse nationale avec FO, FSU et SUD s’est prononcé pour un moratoire de 3 ans sur l’extension du BAC PRO 3ans. Cette demande fait l’impasse sur la généralisation de l’expérimentation en 2008 que nous condamnons et le bilan très mitigé que nous pouvons en tirer à ce jour, y compris d’ailleurs par l’inspection générale en 2004 et 2005.

Cette généralisation est condamnable dès la rentrée 2008 et l’exigence de rétablir les BEP supprimés demeure. Le moratoire, si moratoire il y aurait, doit remonter à la rentrée 2007 et définir dans quelles conditions l’expérimentation devrait avoir lieu selon les recommandations ignorées à ce jour de l’Inspection Générale pour le moins. Les membres du collectif FTP académie de Créteil présents ont estimé que la demande d’une mobilisation nationale d’ampleur sur la question du BAC PRO 3 ans demeure indispensable.

De même, la proposition de la CGT-Educ’Action académie de Créteil d’une seconde de détermination menant aux trois voies du lycée, actée par le congrès de l’Union nationale CGT Educ’Action de mai 2008 a été reprise dans la discussion. Il reste à mettre en œuvre des expérimentations dans ce sens. L’UNL présente a pris acte de cette proposition et devrait la porter aux débats dans leurs instances.


Audience RECTORALE du 30 mai 2008 : Point BAC PRO 3 ans

La CGT-Educ’Action académie de Créteil a été reçue à sa demande par le rectorat de 18h à 20h le 30 mai 2008. La CGT était représentée par Matthieu BRABANT Secrétaire Académique, JP BLANCHOUIN au titre du collectif académique FTP et Thomas Roy du SDEN-CGT Educ’Action 77.

Le rectorat était représenté par Joël DOUDEMENT, DAET (Délégué Académique à l’Enseignement Technique) et Marie-Pierre LUIGI, Secrétaire Générale adjointe du rectorat chargée du suivi des formations en lien avec la Région IDF.

Cette demande d’audience faisait suite à l’envoi au RECTEUR du Bilan effectué à ce jour par notre Union Académique sur l’expérimentation BAC PRO 3 ans dans l’académie depuis 2002.

Introduction préalable de la CGT-Educ’Action :

"Nous avons souhaité faire le point avec le rectorat d’une année riche en actualité sur la voie professionnelle dans le cadre de la prochaine rentrée et des rentrées futures. L’année scolaire qui s’achève a vu le ministre proposer la généralisation de bac pro en 3 ans. A notre initiative, plusieurs actions ont eu lieu dans l’académie, actions le plus souvent intersyndicales. Nous avons à plusieurs reprises réaffirmé notre opposition à la généralisation du bac pro en 3 ans et à la suppression du BEP 2 ans lors de nos rencontres. Nous avons par ailleurs rappelé que nous étions favorables au bac pro 3 ans dans le cadre d’un nouveau parcours diversifié.

La CGT-Educ’Action :

- est attachée à ce qu’un maximum de jeunes et, à terme, la totalité de ceux-ci, accède au baccalauréat

- est attachée à la finalité d’insertion professionnelle du bac professionnel même s’il doit permettre la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur

- est attachée à des parcours diversifiés selon le besoin des élèves. Elle est favorable à la possibilité de bacs professionnels en 3 ans pour certains élèves mais aussi le maintien de parcours en 4 ans pour les autres. Cet objectif ne pourra être atteint en supprimant les sections de BEP.

C’est pourquoi la CGT-Educ’Action a refusé de participer au protocole de discussion national et qu’elle ne l’a pas signé. Le relevé de conclusions du protocole du 30 avril 2008 confirme sans surprise les intentions initiales du ministère sur la généralisation d’un parcours en 3 ans qui deviendrait la norme. Aucune garantie n’est donnée sur les possibilités de diversification des parcours des élèves engagés dans les 3 voies du lycée. Comment peut-on s’engager dans un accord sans plus de précisions et propositions concrètes ?

Qui plus est, le protocole confirme l’orientation des élèves les plus fragiles vers les CAP. Le Snetaa, seul syndicat signataire des enseignants avec il est vrai deux syndicats représentants les chefs d’établissements, ne peut pourtant ignorer les difficultés accrues que rencontreront ces élèves pour réintégrer un cursus bac professionnel. Là où on pouvait attendre des engagements très précis du ministère concernant l’aide aux élèves les plus en difficulté, sur ces questions comme sur tant d’autres, c’est le plus grand flou qui préside. Par ailleurs, la CGT-Educ’action ne pourra accepter le « troc » que constitue l’attribution d’une prime hypothétique, pour quelques enseignants de terminale professionnelle (alors que c’est une mesure d’équité correspondant aux heures statutaires de décharge de service pour les enseignants en BAC Général ou Technologique), contre des mesures qui se traduiraient par une orientation plus difficile pour les élèves.

La CGT-Educ’Action est par ailleurs attachée à ne pas enfermer le débat actuel sur la seule voie professionnelle des lycées et a milité pour lier rénovation de l’enseignement professionnel et rénovation des deux autres voies, générale et technologique des lycées. D’abord parce que la réforme de l’enseignement professionnel proposée par le ministre aura des incidences sur la voie technologique voire générale et ensuite parce qu’à la CGT-Educ’Action nous avons des propositions qui ne séparent pas la voie professionnelle des autres voies du lycée.

L’orientation en fin de 3ème vers la voie professionnelle doit en effet résulter d’un choix libre et réfléchi des jeunes vers une formation qualifiante de niveau V (BEP, CAP). Parallèlement, la CGT-Educ’Action se prononce pour qu’une orientation positive en fin de seconde de détermination des lycées se fasse sans exclusive vers les voies générales, technologiques et professionnelles. D’ailleurs sur cette proposition, que nous pourrons développer, nous sommes toujours en attente de remarques argumentées et d’une analyse complémentaire au document que nous vous avons transmis. Nous sommes toujours en attente également d’un bilan sur les BEP 1 an menés depuis plusieurs années dans l’académie. .

Enfin, nous tenons à insister sur nos revendications pour l’amélioration des conditions de travail des enseignants et d’études pour les élèves. Nous serons en tout cas vigilants pour que ces conditions de travail ne se dégradent pas davantage.

Nous portons la revendication de la diminution du temps de face à face pédagogique et nous réaffirmons notre revendication sur la limitation du CCF. Nous rappelons notre opposition au développement jugé concurrentiel de l’apprentissage dans les EPLE, qui risque de se produire avec les CAP notamment.

Nous ne pouvons que réitérer notre scepticisme le plus total sur "la volonté de rénovation" du ministère dans une période de suppressions massives d’emplois dans l’Education Nationale et demeurons inquiets sur la "généralisation de l’expérimentation du bac pro en 3 ans" proposée à la rentrée 2008."

A la suite de cette introduction, nous avons commenté plusieurs de nos analyses transmises au RECTEUR :

- Insuffisance du BILAN Rectoral que nous estimons mitigé et incomplet sur les expérimentations BAC PRO 3 ans menées depuis 2002.

- Généralisation dommageable de l’expérimentation pour 2008 avec suppression du BEP 2 ans dans beaucoup de lycées. Le maintien du parcours 4 ans nous semble une condition nécessaire pour faire du parcours diversifié BAC PRO 3 ans une réussite.

- A noter par exemple que le Schéma Prévisionnel Régional des formations en lycées et collèges 2007/2013 prévoit un développement du BAC PRO 3 Ans de 20 % au maximum des élèves s’orientant vers la voie professionnelle. Dans notre académie, pour la rentrée 2008 le taux prévisible est déjà de près de 26% et plus de 31% dans le Val de Marne.

Notre proposition de seconde GT ouverte à la voie professionnelle part d’un constat positif sur les élèves redoublants réorientés vers la voie professionnelle après une seconde dite indifférenciée. Cela concerne 20% des redoublants de seconde et 3% des effectifs totaux de seconde GT. Ils permettent une bonne mixité en Bac professionnel après l’obtention de leur BEP adapté en 1 an. Le taux de redoublement avec près de 17% en seconde GT demeure important et nous ignorons le taux d’abandon des études à ce niveau comme au niveau de la 1ère générale ou technologique.

Une orientation plus importante d’élèves de 3ème vers la Seconde GT est un objectif aussi du schéma régional des formations 2007/2013 de l’ordre de 5%. Nous estimons que cette orientation doit s’accompagner d’une ouverture aussi à l’issue de la seconde GT vers la voie professionnelle BEP-BAC PRO.

- Le redoublement en Terminale Bac demeure important avec un différentiel par exemple de 7% entre la Seine St Denis (17% de redoublement) et le taux national autour de 10%.

La réorientation des élèves titulaires du BEP vers la voie technologique essentiellement n’est pas négligeable. Cela concerne près de 20 % des élèves de 1ère technologique toutes filières confondues. Nous demeurons favorables à encourager cette passerelle des élèves du professionnel vers la voie technologique à ce niveau. Enfin nous rappelons que nous sommes demandeurs d’une analyse plus complète sur l’origine des élèves en BAC PRO 3ans , 1ère année, 2ème année et terminale présents dans cette année scolaire 2008 ainsi que les résultats au BEP des élèves en 3ème année du BAC PRO 3 ans.

Il nous semble pertinent aussi de faire une étude sur les élèves redoublants venant de seconde GT s’orientant vers la Voie professionnelle du BEP adapté en 1an en terme de réussite au BE , de passage au BAC pro 2 ans et de sa réussite.

Enfin si le protocole d’accord met l’accent sur les passerelles et si les référentiels du BAC PRO maintiennent les exigences professionnelles et générales, la diminution de 1000 heures d’enseignement ne peut se faire sans conséquences dommageables sur un parcours 4 ans réduit à 3 ans et pour un public conséquent d’élèves. C’est d"ailleurs bien dans le sens d’une professionnalisation maintenue du BAC PRO et du niveau V de formation (BEP et CAP) que le Comité Interprofessionnel consultatif en présence des partenaires sociaux, des pouvoirs publics et des présidents des CPC a largement débattu lors de la séance du 31 mars 2008 sur le parcours en 3 ans. De ce fait, il en ressort la nécessité de maintenir 17 champs professionnels et 14 filières professionnelles formant un ensemble de 31 secondes différenciées ouvertes à l’ensemble des collégiens orientés ou s’orientant vers la voie professionnelle BAC PRO.

On peut s’interroger légitimement sur le devenir d’une seconde professionnelle indifférenciée dans ce cadre.


Discussion et BILAN de cette réunion rectorale

Le rectorat a tenté une nouvelle fois de justifier l’orientation généralisée en BAC PRO 3 ans plutôt qu’en BEP - BAC PRO en 4 ans et compte sur l’attractivité du BAC PRO avec un parcours direct proposé aux collégiens. Cela remet en cause l’orientation normale en BEP 2ans, vers un niveau V avant d’aborder un niveau IV BAC PRO ou BAC Techno. De plus, bien que les BEP 1 an ne sont pas remis en cause pour la rentrée 2008 (mais ils ne se développent pas), le rectorat confirme son désaccord avec ce parcours jugé anormal.

Qu’en sera –t-il à la rentrée 2009 ? Nous pouvons craindre leur remise en cause globale.

Le principe de l’ouverture de la seconde GT vers la voie professionnelle et donc un profil "seconde GTP" n’est pas mis en cause directement par le rectorat qui reste favorable à des expérimentations dans ce cadre. Le rectorat est d’accord pour nous transmettre des données d’analyse supplémentaires sur l’expérimentation.

Nous avons souhaité pouvoir continuer d’intervenir sur les conditions d’expérimentation du BAC PRO 3 ans. Il en est de même sur les passerelles à mettre en place (ou maintenir) entre les 3 voies de formation du lycée.

Nous avons souligné l’importance de la voie technologique, parcours particulièrement original et prioritaire en formation initiale publique vers le niveau III du BTS et DUT et la licence professionnelle.