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Congrès de l’Union Nationale CGT-Educ’Action - du 9 au 13 mai 2005

Projet de résolution n°1 : Un service public national d’éducation pour construire l’école de la réussite pour tous

vendredi 1er avril 2005, par CGT Educ’Action 94

1. UN CONSTAT INQUIÉTANT : LA DÉMOCRATISATION EST EN PANNE, LES INÉGALITÉS SE CREUSENT

2. HIER, MASSIFICATION PLUS QUE DÉMOCRATISATION

3. Depuis la fin des années 1960, l’école a été marquée par une élévation sans précédent du public scolarisé.

4. Cette massification a progressivement permis au plus grand nombre l’accès à la maternelle, au collège puis au lycée, ainsi que l’augmentation et la diversification des connaissances pour répondre aux besoins de qualification. Pour autant, cette « chance » n’a pas produit une modification fondamentale des structures de la société.

5. La démocratisation - c’est-à-dire la volonté de réduire le déterminisme social de l’accès aux savoirs - n’a pas abouti. L’école ne corrige pas suffisamment les inégalités et les reproduit pour partie.

6. Jusqu’en 1995, une forte progression de ses résultats a permis de réduire significativement les inégalités. Le
pourcentage d’une classe d’âge au niveau du bac a doublé
en 15 ans pour atteindre 71,2 %.

7. Mais depuis, dans une situation sociale dégradée, une
stagnation -voire une régression- s’est installée, montrant des difficultés scolaires persistantes.

8. Tous les besoins de qualification ne sont pas couverts.
100 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif
sans diplôme. L’échec scolaire reste marqué par
l’origine sociale et les niveaux de revenus.

9. AUJOURD’HUI, LE SYSTÈME ÉDUCATIF
EST TOUJOURS INÉGALITAIRE

10. S’il reste performant grâce à l’investissement des
personnels, le niveau global ne progresse plus guère.
Depuis 1995, 69 % d’une classe d’âge ont le niveau du
bac et 62 % l’obtiennent mais les inégalités entre élèves
de catégories sociales différentes se creusent.

11. Les évaluations de français du CE2 indiquent 18 points d’écart entre un enfant de cadre et un enfant d’ouvrier.

12. Un élève sur sept est en situation d’échec au collège.

13. 80 % d’enfants de cadres accèdent à l’enseignement
supérieur contre 30 % d’enfants d’ouvriers.

14. L’échec massif d’un pourcentage important de jeunes
issus de milieux populaires s’inscrit dans un contexte
de régression économique et sociale.

15. Le chômage et la précarité explosent. Le pouvoir
d’achat baisse et les écarts entre revenus s’accroissent.

16. La pauvreté gagne du terrain en milieux rural et urbain.

17. De nombreux quartiers de relégation sociale et ethnique concentrent l’ensemble des difficultés sociales,
favorisant les phénomènes de repli et de dérive violente.

18. Les inégalités sociales génèrent des inégalités
scolaires.

19. Un million d’enfants pauvres en France représentent
45% de ceux ayant un retard à l’entrée de la 6e.
L’exclusion et l’absence de mixité sociale engendrent
des humiliations et des tensions dans l’école, particulièrement
dans les établissements situés en zones difficiles.

20. La violence de la société se propage d’autant plus à
l’école que celle-ci sécrète son propre échec.

21. Organisation sélective des parcours, programmes inadaptés, pédagogies souvent élitistes conduisent les plus fragiles à l’échec et leur imposent une orientation par défaut.

22. L’Ecole ne sait ou ne peut y faire face. Le manque de
moyens nécessaires à l’identification et à la
remédiation des difficultés, et surtout l’absence de
volonté politique pour lutter contre les effets de la
fracture sociale à l’école conduisent l’Etat à renoncer
à l’« égalité des chances » et à l’élévation générale du
niveau de formation.

23. L’objectif affiché de « faire réussir tous les élèves » cache
mal la philosophie rétrograde du projet de loi
d’orientation pour l’Ecole.
Un service public national d’éducation pour
construire l’école de la réussite pour tous

24. Celui-ci répond à 2 exigences contradictoires : adapter l’Ecole aux restrictions budgétaires, et les niveaux de formation et de qualification aux besoins patronaux.
25. Les critères de rentabilité pèsent davantage sur le système
éducatif entraînant un alourdissement du temps
et de la charge de travail des personnels, un élargissement
de leurs missions : remplacements, bivalence,
services partagés grâce à des statuts révisés dans le
second degré, polyvalence accrue dans le premier,
prise en charge du handicap, de la difficulté scolaire,
du soutien pour tous.

26. Pour les élèves, des enseignements réduits, des conditions
d’études plus difficiles...

27. Avec un socle commun a minima, des parcours dérogatoires pour les plus faibles qui déterminent leur poursuite d’études, ce projet institutionnalise, dès le collège, un tri social des élèves. La mise en place du soutien
dans le cadre d’un « contrat individuel de réussite »
culpabilise l’élève et sa famille. La responsabilité
de l’échec ou de la réussite incomberait exclusivement
à l’Ecole et à ses personnels.

28. La voie professionnelle reste identifiée comme
remédiatrice à l’échec.

29. Redoublement, mérite, autorité sont réhabilités. A tous
les niveaux, l’ambition scolaire se résume à l’insertion
professionnelle.

30. Cette conception d’une « école rentable », qui créera
de nouvelles inégalités, est à l’opposé de celle d’une
école de la réussite pour tous.

31. UN CONTEXTE DE RÉFORMES PORTEUR DE RENFORCEMENT DES INÉGALITÉS

32. Décentralisation, déconcentration, recomposition des
territoires, autant de réformes qui génèrent des effets
négatifs en matière d’égalité et de cohésion sociale.
Partant du principe de coéducation, les collectivités
territoriales revendiquent d’intervenir sur le terrain
de l’école. Il y a risque de territorialiser le système
éducatif par le biais de la contractualisation et du projet local d’éducation. Le caractère national du système éducatif reste une exigence portée lors des luttes de
2003.

33. Ces enjeux sont perceptibles avec la décentralisation
des personnels TOS et de leurs missions.

34. Le 1er degré révèle de profonds écarts dans le niveau
d’équipement et de dotation selon les municipalités.
Le développement de la coopération intercommunale
aura des incidences sur la gestion des écoles.

35. Le second degré risque de connaître les mêmes effets.

36. Dans un contexte de recherche d’économies, la
logique d’autonomie renforcée et de dotations
budgétaires à géométrie variable exacerbe la
concurrence entre établissements, ceci pouvant motiver
des stratégies de contournement de la carte scolaire et
renforcer ainsi l’insuffisance de mixité sociale.

37. Les pratiques de contractualisation, induites par la
mise en œuvre de la Loi Organique LF, accroissent
cette concurrence car l’Education est un marché
potentiel considérable. L’informatisation des
établissements a suscité les offres de service
d’entreprises spécialisées. De plus en plus, la
restauration scolaire est le fait de sociétés privées.
« L’accompagnement scolaire » est devenu un véritable
marché qui creuse encore les inégalités.

38. Les mesures envisagées dans le cadre des Stratégies
Ministérielles de Réforme - "optimiser le taux
d’utilisation des TZR, simplifier les examens,
améliorer l’utilisation des surnombres
enseignants..." - accroissent les difficultés.

39. Cette politique ne correspond ni aux attentes des usagers
ni aux besoins sociaux, économiques et culturels
du pays. L’école doit être transformée profondément
pour répondre aux exigences de démocratisation auxquelles
la CGT est attachée.

40. C’est un enjeu politique fondamental pour l’avenir de
notre société.

41. POUR LA TRANSFORMATION
DU SYSTÈME ÉDUCATIF,
DES OBJECTIFS AMBITIEUX

42. D’une part, refuser le statu quo ou le mythe réactionnaire
d’un « âge d’or » de l’éducation, d’autre part promouvoir
une transformation progressiste de l’école
obligent à en définir les objectifs.

43. L’école de la réussite pour tous et partout est possible.

44. Cet objectif d’école démocratique doit reposer sur un
contenu ambitieux.

45. Former l’Homme, le citoyen, le salarié implique une
réflexion tout au long de la scolarité de l’élève, en
termes de savoirs, de pratiques pédagogiques et de qualifications
(diplômes, accès à la formation continue,
« sécurité sociale professionnelle » telle que la revendique
la CGT...). Ces objectifs nécessitent une élévation
générale des niveaux de formation.

46. Cela implique concrètement :

47. •Une scolarité obligatoire de 3 à 18 ans, puis le plus
loin possible en fonction des goûts, du projet professionnel...
Seule une solide formation initiale permet
une formation continue qualifiante et épanouissante.

48. •La définition des contenus éducatifs est de la responsabilité
de la Nation. La CGT revendique d’en être
partie prenante.

49. •La reconnaissance de tous les savoirs

50. •Une carte scolaire respectée, redéfinie, et des moyens
nouveaux au service de la mixité sociale et scolaire

51. •Une citoyenneté active.

52. Pour cela, la répartition des moyens doit viser à "donner
plus et autrement" à ceux qui rencontrent des difficultés
pour accéder aux savoirs : ZEP, écoles et établissements
ruraux, traitement de la « difficulté ordinaire »
et celle des primo-arrivants, intégration des handicapés...

53. POUR UNE ÉCOLE
ÉMANCIPATRICE, DES
CONDITIONS À LA HAUTEUR
DES ENJEUX SOCIAUX

54. MIXITÉ SOCIALE, MIXITÉ SCOLAIRE

55. Démocratiser l’école, c’est assurer et assumer la réussite de tous les élèves, c’est faire que les conditions sociales ne soient plus un obstacle à la poursuite d’études et à l’acquisition d’une formation.

56. Pour cela, l’école doit reconnaître, d’une part, la diversité des publics scolaires, l’hétérogénéité des niveaux et des besoins, d’autre part, la trop grande uniformité des contenus d’enseignement, des pratiques pédagogiques et des moyens alloués.

57. Cette reconnaissance conjointe serait un grand pas dans la lutte contre l’échec.

58. L’école doit gérer cette diversité. La mixité sociale et
scolaire constitue une hétérogénéité positive. Celle-ci
a un triple enjeu : scolaire car elle permet de réduire
les ghettos éducatifs et assure une meilleure réussite
pour tous, citoyen car tous les élèves quelle que soit
leur origine s’y côtoient, de cohésion sociale car elle
met à bas toute tentation de communautarisme.

59. UNE CULTURE COMMUNE DE HAUT NIVEAU

60. Pour permettre à chacun de trouver sa voie en fonction
de ses goûts et de ses aptitudes, la formation initiale
doit garantir à l’ensemble des jeunes, l’acquisition de
connaissances et de compétences indispensables.

61. Mais à l’opposé d’un socle commun réduit aux savoirs
minimum (lire, écrire, compter), « utiles » pour une
employabilité à court terme, nous revendiquons une
culture commune de haut niveau, bien commun conforme
aux besoins en savoirs de la société.

62. Cette culture doit prendre en compte tous les champs
du savoir : littéraire, scientifique, technologique, économique
et social, artistique, sportif. Elle permet d’assurer
les acquisitions intellectuelles préparant les activités
scolaires et professionnelles futures, d’élargir l’horizon
culturel du plus grand nombre, de comprendre
les mécanismes de la société et de développer l’esprit
critique. Elle doit conduire à la maîtrise des savoirs, à
la capacité d’en acquérir de nouveaux.

63. La culture technique abordée, dès le primaire, dans
ses dimensions historique, sociale et politique, élargie
aux savoirs et aux savoir-faire, ne peut se réduire à une
conception utilitariste exclusivement tournée vers l’entreprise.

64. DES PÉDAGOGIES DE PROGRÈS

65. Parce que tous les élèves sont capables, tous doivent
avoir accès à ces savoirs. Mais pour réduire le manque
d’appétence et l’échec, la question pédagogique est
décisive.

66. Loin de l’empilement académique des connaissances,
nous sommes pour une pédagogie de progrès, qui favorise
les démarches d’autonomie et de coopération,
qui donne du sens aux disciplines et aux savoirs, qui
développe une approche interdisciplinaire permettant
de décloisonner les enseignements, qui se base sur l’observation
et la compréhension du réel, qui mobilise
l’imaginaire, qui émancipe et conduit à l’autonomie
de jugement...

67. En cela, le travail des équipes éducatives sur des projets
pluridisciplinaires doit être facilité. Il faut leur
faire confiance et libérer leurs initiatives. Le temps et
la charge de travail que cela entraîne doivent être pris
en compte dans le temps de service hebdomadaire de
tous les personnels.

68. L’école doit élargir son ouverture au monde. La
relation choisie, contrôlée, encadrée par l’équipe
éducative avec l’environnement socio-culturel
(association, maison de quartier, théâtre...) et
économique doit être clairement identifiée dans ses
objectifs et sa finalité. L’entreprise, dans ce cadre, est
à appréhender dans toutes ses dimensions : rapport
sociaux, organisation, travail.

69. UNE NOUVELLE ORGANISATION DE
L’ÉCOLE

70. Le cloisonnement école maternelle et élémentaire,
collège, lycée, aboutit à un système sélectif, de passage
d’un lieu à un autre, d’une forme d’organisation à une
autre, souvent mal vécu.

71. Il faut revoir cette architecture en tenant compte des
phases de développement cognitif et psychologique
de l’enfant et de l’adolescent. Le fonctionnement effectif
de la scolarité en cycles, avec les moyens appropriés,
par ce qu’elle comporte de souplesse dans les rythmes
d’acquisition des connaissances, permettrait de
progresser dans le traitement de l’échec scolaire.

72. DES TECHNOLOGIES AU SERVICE DE
TOUS

73. Si « l’outil » ne peut remplacer l’enseignant, il est inconcevable
qu’élèves et enseignants n’aient pas accès
aux nouvelles technologies, en classe et pour le travail
personnel. L’Ecole doit être le lieu privilégié pour
apprendre à les maîtriser.

74. Cela implique un dispositif adapté, efficace, accessible
à tous. Une réflexion sur l’utilisation, la pédagogie
et l’administration des outils informatiques est indispensable.

75. UN SYSTÈME D’ORIENTATION
RESPECTANT LES CAPACITÉS ET LA
MOTIVATION DE CHACUN

76. La question de l’orientation est polluée par la persistance
de l’échec scolaire et les représentations sociales
dévalorisées de certains métiers.

77. L’élitisme reste prégnant.

78. Le système éducatif impose aux élèves de se déterminer
trop tôt sur leur futur métier. L’exigence d’un
choix d’orientation précoce est surtout imposée aux
jeunes les plus en échec parce que les plus défavorisés.

79. Le paradoxe est d’exiger d’eux, pourtant les moins
bien armés pour construire leur projet professionnel,
d’anticiper sur des choix qu’ils ne peuvent maîtriser.
Leur orientation, par défaut, est souvent perçue
comme une forme d’exclusion.

80. Une orientation réussie impose une revalorisation
sociale, économique, culturelle du travail, quelle que
soit la filière.

81. Cela implique du temps, des personnels formés, des
échanges entre le collège et les trois voies du lycée...
Les copsy doivent voir leur rôle réaffirmé.

82. Le service public Education nationale doit permettre
l’égalité d’accès à la filière de son choix pour chaque
jeune, fille et garçon. Les règles de fonctionnement
doivent être lisibles, transparentes et démocratiques
pour tous.

83. L’orientation doit se faire en respectant les capacités
et la motivation, et non sur des critères liés à la seule
employabilité. Elle doit garder son caractère de réversibilité.

84. LAÏCITÉ, ÉGALITÉ, DÉMOCRATIE, VALEURS
RÉFÉRENTES DU SERVICE PUBLIC
D’ÉDUCATION

85. La laïcité se construit dans la compréhension,
l’échange et le respect d’autrui.

86. Elle est le contraire de la neutralité et donc est le garant
de la liberté d’expression et du droit d’opinion.

87. Les diversités, les différences sont un enrichissement
et doivent être reconnues pour permettre à chacun
d’adhérer aux valeurs universelles : liberté, égalité,
solidarité.

88. Assurer l’égalité suppose la gratuité des études garantie
par l’Etat.

89. Cela implique entre autres :

90. •La gratuité des manuels, fournitures, tenues de travail,
sorties et voyages pédagogiques

91. •Des aides financières et matérielles directes ou indirectes
pour la restauration scolaire, l’internat, la prévention
médico-sociale, l’accès à la culture et au sport...

92. •Une allocation d’autonomie pour tous, tenant compte
de sa situation, de la nature et du niveau des études
suivies.

93. Développer la démocratie exige des établissements à
taille humaine, une révision fondamentale du fonctionnement des établissements et des écoles, associant largement à la définition des missions, des règles de vie et la prise de décisions, l’ensemble des personnels, les jeunes, les parents, les acteurs sociaux, notamment les organisations syndicales, les élus.

94. La conception de la gestion et de l’animation des établissements
est à revoir ainsi que les attributions, les
prérogatives et les modes de fonctionnement des différents
conseils.

95. Ces instances doivent avoir les moyens de remplir
leurs fonctions d’information, de concertation, de propositions, de décisions.

96. Pour les élèves, la pratique de la démocratie doit être articulée avec l’étude de programmes permettant de
connaître et comprendre l’environnement politique,
économique, social et culturel.

97. Cela exige des lieux, des moments, des modalités d’expression spécifiques reconnues.

98. Cela suppose la reconnaissance de droits institutionnels, pour permettre à chacun d’exercer son mandat : droits syndicaux, formations spécifiques, statut des délégués élèves, droits des délégués parents.