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Repères revendicatifs - Lycée

Ces repères revendicatifs ont été votés au Congrès de Lille en janvier 2002. Ils ne seront pas modifiés lors du Congrès de Port-Barcarès, mais lors d’un prochain Conseil National de l’Union (CNU). Vous pouvez d’ores et déjà faire vos remarques ou poser vos questions, en vue de modifications futures.

mardi 15 février 2005, par CGT Educ’Action 94

Les trois voies du lycée constituent une originalité du système éducatif français. En trois décennies, les lycées se sont profondément transformés.

La loi d’orientation de 1989 précise dans son article 3 : "La nation se fixe comme objectif de conduire, d’ici 10 ans, l’ensemble d’une classe
d’âge au minimum du certificat d’aptitude professionnelle ou du brevet d’études professionnelles et 80 % au niveau du baccalauréat
"

En 1985, était créé le baccalauréat professionnel.
La réforme instituant une redéfinition des filières est entrée en vigueur à la rentrée 1992.
Lors de la session 2000, 68 % d’une tranche d’âge a atteint le niveau du baccalauréat et 62 % d’une génération a obtenu le diplôme.
Il y avait 627 401 candidats. Parmi les diplômés :
- 51 % ont obtenu un bac général,
- 29 % un bac technologique,
- 19 % un bac professionnel.
Les chiffres attestent de l’importance des séries technologiques et
professionnelles qui représentent pratiquement la moitié de
l’ensemble.
Si les effectifs du second cycle général et technologique n’ont cessé de progresser jusqu’en 1997, aujourd’hui ils marquent le pas.

LGT public 1997 : 1 175 600 ; 1998 : 1 170 800 ; 1999 : 1 162 900

LGT privé 1997 : 314 400 ; 1998 : 306 500 ; 1999 : 301 600

Total (public + privé) 1997 : 1 490 000 ; 1998 : 1 477 300 ; 1999 : 1 464 500

Les effectifs des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) sont restés stables de 1995 à 1999 (70 070 en 1995 et 70 231 en
1999).
Les effectifs des sections de techniciens supérieurs (STS) sont en légère progression de 1995 (225 233) à 1999 (236 764) alors que
les orientations vers les formations universitaires sont en diminution.

LES MISSIONS DES LYCÉES

Elles ne peuvent être évoquées sans que soit posée une réflexion d’ensemble sur l’Ecole, sur la laïcité. En se massifiant, et plus particulièrement depuis la loi d’orientation de 1989, le lycée vit un changement structurel profond. Cela permet aux jeunes d’accéder
en plus grand nombre aux études secondaires et supérieures.

Cette orientation ne saurait être remise en cause.
Cependant, cette nouvelle situation génère des contradictions et de nouvelles aspirations.
En 2000, 30 % d’une génération n’obtient pas le baccalauréat.
Certains élèves n’obtiennent pas non plus de diplôme de niveau V.
Ainsi, 20 % d’une tranche d’âge sort du système éducatif sans aucun diplôme.

De la loi d’orientation de 1989 : (...) « Placer l’élève au centre du système éducatif », « respecter son rythme propre », « ouvrir l’école sur l’extérieur », jusqu’à la valorisation des « projets » et « partenariats » (...)

on vérifie que les changements fondamentaux que nous étions en droit d’attendre ne sont toujours pas au rendez-vous.
Nous vivons dans une double logique marchande et d’ouverture. La recherche du diplôme comme finalité unique du lycée rend certains lycéens consuméristes et en pousse d’autres aux rejets multiples de l’école institution.

Face aux difficultés d’accueil, face à la violence, certaines réponses ministérielles nous renvoient aux techniques pédagogiques et à la recherche d’intégration.
Les dévoiements constatés dans les mises en œuvre de l’heure de vie de classe, de l’éducation civique, juridique et sociale (ECJS), des
projets pédagogiques à caractère professionnel (PPCP), des travaux personnels encadrés (TPE), confirment cette analyse.
Nous nous prononçons pour l’ECJS en lycée, mais nous demandons une révision des textes officiels afin d’éviter les dérives.
Nous demandons que l’heure de vie de classe soit inscrite à l’emploi
du temps des enseignants et soit payée sur la base d’une heure de
cours normale.

Transformer en profondeur le lycée ne peut se faire en réduisant les contenus disciplinaires ni en allant vers des savoir être au détriment des savoirs.
Nous devons être prudents sur les raisonnements exclusifs en termes de contenus qui ignorent, par ailleurs, l’acquisition des compétences
cognitives et des modes de pensée.
Le lycée n’a pas encore mesuré le décalage qui existe entre les acquis réels des élèves et ce qui est exigé d’eux.
Le lycée n’est pas gratuit. Le coût des études pèse lourdement sur
les familles. Les livres scolaires doivent être gratuits dans tous les
lycées.
Quel que soit l’élève, quel que soit son parcours, chaque lycéen doit pouvoir :
- acquérir des connaissances disciplinaires sans lesquelles il n’y a ni
culture, ni formation,
- acquérir des méthodes de travail personnel ou en équipe pour accéder à une autonomie qui permette de gérer le temps, le travail,
les choix, et ce, de façon responsable,
- mieux s’orienter en jouissant de conditions qui autorisent l’élaboration positive d’un projet professionnel.

LES CONDITIONS D’ÉTUDE ET DE VIE DES LYCÉENS

Nous revendiquons pour les lycéens :
- une base de 24 élèves par classe et des effectifs par groupes adaptés selon les besoins,
- une étude approfondie des zones d’éducation prioritaire et des établissements zone sensible avec l’élargissement là où c’est nécessaire,
- des locaux d’enseignement et d’accueil et des matériels à un niveau
suffisant,
- un choix d’options suffisant pour éviter une discrimination entre
lycées.

Il est nécessaire de réduire au minimum les dysfonctionnements constatés dans les emplois du temps des élèves.
Lors de la réforme des lycées de 1999, le ministère, sous couvert de satisfaire des revendications lycéennes réclamant une diminution du
nombre d’heures de cours, a du même coup, réalisé des économies budgétaires.

Il est paradoxal qu’à l’heure de la construction européenne, la place
des langues vivantes diminue et que l’anglais renforce sa place
dominante.
Nous revendiquons :
- des classes de langues à vingt élèves maximum,
- trois heures de langues en seconde,
- trois heures de langue pour tous les baccalauréats professionnels,
- la possibilité d’une LV2 pour tout élève de lycée professionnel,
- le rétablissement de la LV3 grand débutant en première,
- la poursuite de la LV3 en première et terminale STT en option,
- des équipements adaptés à l’enseignement des langues (laboratoires
de langue,...),création de salles multimédia, utilisation facilitée
de logiciels et accès facilité à ces salles dans tous les lycées et les
dédoublements nécessaires,
- des heures de langue étrangère avec un assistant de langue dans
tous les lycées et collèges, de manière à donner à tous les élèves un
contact réel avec la langue qu’ils étudient, ce qui, compte tenu de
l’état actuel, implique la création de nombreux postes d’assistants.

Nous nous prononçons pour :
- le développement du travail personnalisé de l’élève, ce qui intervient
forcément sur l’organisation des locaux et les emplois du temps,
- des heures de remise à niveau prévues dans les emplois du temps
élèves et professeurs,
- des heures de français langue étrangère (FLE) permettant aux
lycéens étrangers ou d’origine étrangère nouveaux arrivants de se
former de façon intensive,
- Des classes de FLE pour primo-arrivants non francophones, lorsqu’elles
sont nécessaires.

Toutes ces activités doivent être intégrées dans les emplois du temps
initiaux des personnels. Les heures supplémentaires ne sont pas un
mode de gestion acceptable.

LA VOIE GÉNÉRALE

Le lycée d’enseignement général a pour mission de dispenser une
formation générale qui complète et consolide celle du premier cycle
du second degré et d’orienter les élèves vers l’enseignement
supérieur par une détermination progressive dans le cadre de grands
champs disciplinaires (littéraire, scientifique, économique, social, etc...).
La seconde est une classe charnière : classe d’entrée dans le lycée,
classe où l’on ne demande plus seulement de restituer des
connaissances mais de les organiser et d’être capable de les réinvestir.
Les conseils méthodologiques et les apprentissages des contenus
doivent être associés.
Aucune option ne devrait être imposée pour l’accès à une série de
première.

L’enseignement de la philosophie doit être défendu et renforcé. Il doit
être mis en place dans les trois filières. Son instauration progressive,
à partir de la seconde, est objet de débats. La nécessaire réforme du
programme doit respecter le pluralisme et la rigueur propres au
travail philosophique. Elle doit permettre aux lycéens de s’exercer à
la réflexion écrite et orale.
Malgré les mesures ministérielles prises, l’histoire de l’art, les arts
plastiques et l’éducation musicale restent des « parents pauvres » au
collège et sont souvent inexistants au lycée.
Traiter ces matières pour tous les lycéens pour former l’homme, le
citoyen, sans qu’il s’agisse « d’utilitarisme » par rapport aux futurs
emplois, serait une rupture et contribuerait à battre en brèche la
fonction de « reproduction sociale » impartie à l’Ecole.

LES VOIES TECHNOLOGIQUE ET
PROFESSIONNELLE

Elles occupent une place importante et particulière dans le système
éducatif français. Cette originalité, celle du service public, réside dans
une offre de formation diversifiée, qui s’appuie sur des diplômes
nationaux reconnus et qui conduisent à une classification identifiée
par rapport à l’emploi.
Les sollicitations et les critiques du patronat à l’égard de la formation
technologique et professionnelle ont changé de nature dans la
dernière période caractérisée par la relance de l’activité économique.

Dans la période précédente, marquée par une croissance
économique nulle, le patronat n’avait de cesse de rendre le système
éducatif responsable du chômage massif des jeunes. Selon lui, les
formations étaient soit inadaptées soit trop lentes à s’actualiser.
Aujourd’hui, les employeurs n’hésitent pas à venir chercher les jeunes
dans les établissements scolaires avant qu’ils n’aient terminé leur
formation. Dans certains endroits, on assiste à un débauchage massif.
C’est un comportement intolérable qui, rapidement, pénalisera les
jeunes.
La définition des voies technologique et professionnelle s’appréhende
au regard des finalités, c’est à dire au regard des diplômes permettant
de déboucher sur l’emploi qualifié. Il s’agit de promouvoir des
formations qui allient des compétences bien définies pour l’exercice
d’une profession et un potentiel d’évolution qui permette à chacun de
se projeter dans l’avenir.
Les périodes de formation et les stages en entreprise
L’UNSEN-CGT est attachée à ce que la formation des jeunes soit
ouverte sur la vie et que des liens se tissent, avec les entreprises,
mais aussi avec l’environnement social et culturel, élément de référence
absent des textes officiels. Nous ne partageons pas la conception
quasi dogmatique de l’administration qui considère que l’immersion
dans le milieu professionnel est la solution pédagogique miracle. Il
est, à cet égard, étonnant de constater que l’administration assigne à
l’entreprise le soin de lutter contre l’échec scolaire.
Bien que les périodes de formation en entreprise existent maintenant
depuis plusieurs années, aucun bilan n’en a été tiré. La pédagogie
de la relation avec les entreprises est encore balbutiante. Les
quelques réussites doivent davantage à l’investissement des équipes
enseignantes qu’à une orientation bien stabilisée de l’institution scolaire
et du milieu professionnel. Un bilan doit être impérativemen tiré.
Nous sommes pour une alternance sous statut scolaire, dans le
cadre du service public d’éducation. Il faut que cette alternance, tant
dans sa préparation et son suivi que dans son évaluation, soit maîtrisée
pour éviter les dévoiements, les dysfonctionnements et discriminations de toutes sortes.
Nous revendiquons une « charte des stages en entreprise ». Les textes de cadrage élaborés par le ministère doivent préciser les conditions
et être plus contraignants pour les entreprises. L’UNSEN-CGT fonde son appréciation à partir de la charte adoptée en 1994 à son congrès
de Montluçon et au regard de celle initiée par l’UGICT-CGT.

Alternance sous statut scolaire et apprentissage : combattre cette confusion

L’apprentissage ne peut être considéré comme une voie normale de Formation initiale professionnelle. La concurrence constatée entre
élèves sous statut scolaire et apprentis, qu’entraîne le développement de l’apprentissage, réclame une priorité politique accordée à la
Formation initiale professionnelle Cela passe par la mise en œuvre d’une véritable autonomie financière pour les jeunes en FPI.

La validation des acquis professionnels

La loi de modernisation sociale a adopté le principe de la validation
des acquis de l’expérience pour tous les salariés (VAE) pour tout ou
partie des diplômes ou titres homologués.
La CGT revendique cette validation, c’est un plus pour la promotion,
la carrière des salariés. C’est la reconnaissance du travail et de sa
valeur formatrice. Cette validation doit se faire en dehors de l’entreprise
par un jury tripartite : représentants des entreprises, des salariés, de
l’Education nationale et / ou du ministère de l’Emploi et de la Solidarité.
Il faut donner à l’Education nationale des moyens spécifiques et à la
hauteur des besoins pour assurer ces missions. Elles doivent être
assurées par des enseignants volontaires. En aucun cas, ces missions
ne doivent amputer la formation initiale publique.
La voie technologique
Si la voie professionnelle trouve facilement sa définition, il n’en est
pas toujours de même pour la voie technologique dont la structuration
est parfois source de confusions. Chacun s’accorde pour reconnaître
que le bac technologique est un diplôme qui permet essentiellement
une poursuite d’étude, ce n’est pas un diplôme professionnel.
Le cycle conduisant au baccalauréat technologique est à considérer
comme un cycle de l’enseignement général. Il se caractérise par des
contenus qui laissent une large place à la culture technologique et
par des pratiques pédagogiques inductives.
Dès lors que l’on assigne ce rôle au bac technologique, la confusion
parfois faite entre bac professionnel et bac technologique n’a plus de
raison d’être. Le bac professionnel a pour finalité l’insertion
professionnelle, même si nous revendiquons le développement des
possibilités de poursuites d’études pour les élèves qui le souhaitent.
Le premier niveau de formation technicienne est aujourd’hui, de fait,
le BTS ou le DUT. Les STS et les IUT intègrent de plus en plus de
bacheliers généraux et professionnels. Les bacheliers technologiques
ne constituent qu’un pourcentage des flux d’entrée dans les STS qui
accueillent chaque année 110 000 jeunes, soit un étudiant sur quatre.
La licence professionnelle a été mise en place depuis septembre
2000 pour les titulaires du BTS, DUT, DEUG et les salariés en
formation continue à partir de la validation de leurs acquis professionnels.
Homologuée au niveau II, cette licence, dont la finalité est
l’insertion professionnelle, assure des possibilités nouvelles pour :
- Les techniciens en terme de carrière,
- Les recrutements dans la Fonction publique de cadre A pour les
filières où il n’y avait pas de bac + 3 reconnu.
Elle contribue à construire une filière complète technologique et
professionnelle dans l’enseignement supérieur dont le prolongement
peut être l’institut universitaire professionnel (IUP).
Pour valider cette licence professionnelle, nous exigeons :
- Une répartition équilibrée entre formation théorique de base, projet
tutoré, stage en entreprise.
- Des moyens nécessaires à une pédagogie de qualité
- Une lisibilité des intitulés de concours par branche professionnelle
pour une reconnaissance nouvelle dans les grilles de classification.

Des évolutions nécessaires

Le gouvernement envisage une réforme de la voie technologique.
Après deux études antérieures qui n’ont jamais connu de suites, un
nouveau rapport, intitulé "une nouvelle ambition pour les séries de
sciences et technologie", a été réalisé par Bernard Decomps (2001).
Ce rapport pointe un certain nombre de dysfonctionnements parmi
lesquels :
- L’échec de trop nombreux bacheliers technologiques qui s’orientent
vers les filières universitaires ;
- La poursuite d’études après certains baccalauréats est plus facile
qu’après certains autres ;
- Une répartition sexuée des jeunes dans les filières technologiques :
les jeunes filles choisissent en masse les filières tertiaires, sanitaires et
sociales ; très peu choisissent les filières industrielles ;
- L’étanchéité et le cloisonnement des parcours ; La voie technologique apparaît éclatée, plusieurs filières se côtoient
et s’ignorent :
- Sciences et technologies du tertiaire,
- Sciences médico-sociales,
- Sciences et technologies de laboratoire
- Sciences et technologies industrielles.
Nous ne savons pas quel sort sera réservé à ce nouveau rapport.

Pourtant, une réforme de la voie technologique s’impose aujourd’hui
comme une impérieuse nécessité. L’UNSEN-CGT est intervenue
pour qu’une réflexion, dans le cadre d’une concertation large de
l’ensemble des acteurs sociaux, soit entreprise pour déterminer les
axes de rénovation à entreprendre.
L’UNSEN-CGT se prononce pour des filières complètes de formation
par champ professionnel, ce qui implique la mise en place de
BTS dans toutes les filières, ce qui n’est pas encore le cas, notamment
dans la filière SMS.
Si l’ensemble des programmes et des contenus doit être revisité,
l’étude doit être conduite à partir de la nature des emplois techniciens
tels qu’ils existent aujourd’hui et de ce qu’on peut prévoir de leur
évolution.
Nous revendiquons la création de classes préparatoires aux formations
universitaires spécialement adaptées pour les étudiants issus
de la voie technologique.

L’UNSEN-CGT se prononce pour une organisation et une structuration
des voies technologique et professionnelle qui favorisent la plus
grande fluidité possible des parcours de formation. Il s’agit de faciliter
le passage d’une voie à l’autre ; il s’agit, au sein d’une même voie, de
permettre le passage d’une spécialité à une autre, sans pour autant
contraindre « au retour à la case départ ». Il convient de construire des
référentiels de formation cohérents de la voie technologique et de la
voie professionnelle pour favoriser des cursus du niveau V au niveau
III.

Nous nous prononçons pour une carte des formations équilibrée,
répondant aux besoins des jeunes et des salariés comme au développement
économique, social et culturel.
Cela doit relever d’un dispositif permettant à tous les acteurs sociaux
concernés de décider collectivement ce que doit être la carte des
formations, en veillant à l’équilibre besoins régionaux, cohérence
nationale.

Nous sommes opposés au concept du lycée des métiers car il ne
répond pas à ces exigences.
Pour la CGT la « démarche de labellisation » comme la "démarche
qualité" qui l’inspire est dangereuse.
Ce concept de « label » utilisé dans « l’économique » fait ainsi son apparition
dans le service public. Pour l’UNSEN, cette notion est en soi
incompatible avec celle de service public d’éducation et de formation,
assurant une égalité d’accès et de qualité de formation pour tous. Elle
génère un risque de système éducatif à deux vitesses : les « labellisés »
et les autres (risque reconnu d’ailleurs par le ministère lui-même).
Elle induit une approche marchande du système éducatif. La course
à la « labellisation » pourrait devenir le « sport favori » de certaines équipes
de direction en termes de marketing, au détriment de la cohérence
et de la qualité.
Nous sommes d’accord pour améliorer l’accueil, c’est un plus pour
les élèves et pour la qualité de leur formation. Mais pourquoi le
réserver aux seuls établissements « labellisés » ? Pourquoi celui-ci ne
constituerait-il pas un objectif affiché à réaliser rapidement pour chaque
lycée ?
Nous refusons que ces orientations soient utilisées par le rectorat et
la région comme un moyen de pression pour « inviter » des établissements
à intégrer un dispositif dont ils ne seraient pas maîtres et, par ce
biais, se voir imposer des missions redéfinies.
Une fois de plus, au travers du lycée des métiers, la démocratie
sociale, la place et la participation des organisations représentatives
des salariés, celle des jeunes et des parents d’élèves sont niées.
Les relations économiques ne sont abordées que sous l’angle "branche
professionnelle« , »chefs d’entreprise". Or, l’entreprise doit être
conçue comme un ensemble où les salariés, leurs représentants
sont concernés au premier chef ; en ce sens, il est inadmissible que
la seule référence aux branches professionnelles le soit au sens
patronal du terme.

Nous revendiquons des coopérations avec les entreprises au sens
large, c’est-à-dire incluant les salariés, leurs organisations syndicales,
à égalité de droits.
La relation avec le professionnel, c’est-à-dire avec l’entreprise, devient
un axe fondamental. On parle pour les lycées, d’actions de
« transfert de technologie », de « centre de ressources ».
Ces dispositions sont la conséquence de la loi sur l’Innovation et la Recherche de 1999. Tous les contrats de plan Etat/Régions font référence à la mise en place de plates-formes technologiques dans les lycées. Nous avions dit, à l’époque, que nous refusions que le
service public d’éducation et de formation soit prestataire d’intérêts privés.
Nous le pensons toujours.

Par ailleurs, le lycée des métiers aborde la question de la mixité des
populations adultes/jeunes, l’accueil de publics confrontés à diverses
difficultés, comme les jeunes « en risque de rupture de scolarité ».
Cette question ne peut se poser de manière théorique, mais à partir des réalités dans un contexte que chacun s’accorde à trouver difficile.
On retrouve encore l’approche d’une conception de l’institution qui veut que les formations professionnelles et technologiques trouvent
une partie de leur justification dans l’accueil d’élèves en difficulté scolaire.

La voie professionnelle

Nous évoluons dans un contexte de mise en œuvre de la charte de l’enseignement professionnel intégré. Nous formulons toujours à son égard la même appréciation. C’est une orientation :
- Sans ambition et sans réflexion sur les contenus de formation,
- Qui ne répond pas aux besoins de qualification des jeunes,
- Qui aggrave les conditions de travail des enseignants,
- Qui tend à mettre la formation professionnelle sous la tutelle du patronat.

L’avenir de la voie professionnelle doit s’appréhender au regard des besoins de notre temps en formation qualifiante, avec une vue
prospective. Il s’agit de permettre aux jeunes, à l’issue de leur formation, d’appréhender les mutations du travail et de favoriser leur implication dans la vie sociale.
Les lycées professionnels constituent un dispositif de formation performant et apprécié. Depuis 1981, les diplômes professionnels ont été rénovés et les bacs professionnels se sont développés. Les relations avec les entreprises se sont généralisées.

Malgré des réussites incontestables, la voie professionnelle doit affronter de nouvelles difficultés.
La diminution des effectifs est importante. 11 000 élèves de moins en 1999, 30 000 en 2000. La reprise de la croissance économique favorise la fuite des élèves en cours de formation. La baisse
démographique exacerbe la concurrence entre filière générale et filières technologique et professionnelle.
Les lycées professionnels doivent, dans le même temps, affronter les problèmes posés par le fossé qui se creuse entre les niveaux scolaires
des élèves qu’ils accueillent et les contenus des enseignements qu’ils doivent dispenser.

Quelle orientation vers la filière professionnelle ?

L’existence d’un palier d’orientation pour 1/3 des élèves fin de troisième dans la filière professionnelle introduit, de fait, une inégalité d’un réel choix entre les trois filières de lycée (professionnelle, technologique, générale) pour beaucoup d’élèves et de familles. La classe de Seconde de lycée n’est une classe de détermination qu’entre les filières technologiques et générales.
Il devient tout aussi important que cette détermination concerne la filière professionnelle BEP, Bac pro. Cette possibilité existe aujourd’hui dans le seul cadre des parcours adaptés de BEP un an pour les élèves redoublants en échec en seconde.
L’orientation des élèves doit prendre en compte l’exigence d’une culture polyvalente permettant un accès véritablement choisi vers les trois filières à l’issue de la seconde de détermination. L’orientation
choisie vers la filière professionnelle à l’issue de la troisième doit cependant être garantie et poursuivie.

Le premier niveau de qualification

L’UNSEN-CGT estime que les premiers niveaux de qualification
doivent se construire à partir de la 3e, par une formation de BEP en
2 ans, débouchant sur une année de professionnalisation.
Le ministère met en place à la rentrée 2002 des CAP « rénovés ». Sa
conception de ces CAP est tournée vers des diplômes "à caractère
social" avec des contenus adaptés aux élèves en grande difficulté.
Ces formations pourront-elles protéger du chômage et de l’exclusion
si elles ne correspondent pas à un niveau de qualification ?
Les réponses à apporter aux jeunes en grande difficulté sont à trouver dans des dispositifs spécifiques. Cela exige qu’on leur
consacre les moyens matériels et humains nécessaires. C’est notre
conception de fond.
Dans l’état actuel des choses et compte tenu des difficultés et de l’organisation des études, il est indispensable, dans le cadre d’un
dispositif complet de formation qui permette aux jeunes qui le souhaitent d’intégrer d’autres niveaux de formation, de mettre en place quelques
CAP après la 3e sous des formes adaptées, en particulier pour les élèves issus de SEGPA/EREA.

Les BEP offrent une base de formation technologique large en référence à un champ professionnel. Ils doivent permettre de déboucher sur :
Une année de formation professionnalisante avec une certification reconnue. Cette année de professionnalisation peut se faire, sous la forme de mention complémentaire, voire CAP.

Quant aux formations complémentaires d’initiative locale (FCIL), elles doivent s’inscrire dans une démarche d’accès à l’emploi pour lequel il n’existe pas de qualification définie par une formation ou un
diplôme. Les enseignements doivent être intégrés dans les dotations horaires globales (DHG) et faire partie de l’emploi du temps des enseignants.

Nous récusons la double certification BEP/CAP dans un même examen.
- Une première d’adaptation conduisant à un bac technologique. Nous proposons, par ailleurs, d’offrir à certains élèves la possibilité d’intégrer les classes de première en tenant compte de leurs acquis
particuliers.
- Un baccalauréat professionnel, ce qui implique que chaque BEP
d’un champ professionnel soit suivi par un baccalauréat professionnel.

Le baccalauréat professionnel

Le premier objectif du baccalauréat professionnel est l’insertion professionnelle.
Il a été créé pour un accès direct à la vie active. C’est un diplôme d’ouvrier ou d’employé hautement qualifié.
De plus en plus de jeunes demandent à continuer leurs études après
l’obtention du diplôme. Nous militons pour que davantage de possibilités
soient offertes pour une poursuite en BTS ou en DUT, diplômes
pouvant déboucher sur des formations de second cycle. Pour
les jeunes qui le souhaitent, nous pensons qu’il est possible de mettre
en place des parcours diversifiés qui prennent en compte les acquis
et les besoins de chacun.
Le contrôle en cours de formation (CCF)
La pratique du CCF en AIS est une pratique positive.
C’est une pratique relative à l’évaluation mais aussi à l’organisation
des apprentissages.
Le CCF permet de rendre les résultats de l’évaluation moins aléatoires
et limite les effets de la malchance, de la défaillance passagère ou
de l’émotivité...
Il suscite la motivation en intéressant l’élève à la répartition de son
effort scolaire tout au long de l’année.
Il est nécessaire, avec le ministère, d’en faire un bilan pour déboucher,
non sur un abandon, mais sur une amélioration des conditions
de sa pratique.
Il est, par ailleurs, inacceptable que le CCF ne donne lieu à aucun
temps de décharge pour la préparation, la surveillance et la correction
de cet examen. L’organisation du CCF réclame un cadrage pour le moins académique.
L’organisation des enseignements
Les volumes horaires consacrés aux enseignements professionnels
ont légèrement diminué dans tous les domaines professionnels. Notre
organisation s’est prononcée pour la diminution du temps de
travail des élèves, revendication portée par le mouvement lycéen de
1998. Nous avons cependant revendiqué quecette orientation ne soit pas déconnectée de la réflexion sur les contenus de formation.
Par ailleurs, la diminution de la durée des PFE en baccalauréat professionnel et leur suppression pour les BEP permettraient de récupérer du temps pour la formation en établissement.

L’UNSEN-CGT s’est prononcée contre la mise en œuvre des projets pluridisciplinaires à caractère professionnel (PPCP). Bien qu’attachés au travail en équipe et à la pluridisciplinarité, nous avons dénoncé leur principe de focalisation sur le professionnel, leur généralisation et leur caractère obligatoire. Les PPCP entrent en concurrence avec ce qui se réalisait déjà ; ils amènent de la rigidité là où il y avait de la souplesse, ils tendent à uniformiser en tirant les initiatives vers le minimum, ils introduisent des difficultés dans l’élaboration des emplois du temps.

Nous restons favorables à la mise en œuvre de projets ouverts, à caractère culturel, scientifique ou professionnel, lorsque le besoin s’en fait sentir, avec des moyens spécifiques en termes budgétaires.
Nous n’avons pas réussi à infléchir la position du ministère sur cette question. Il convient cependant de rappeler que nous avons fait acter, dans la circulaire relative à la mise en œuvre des PPCP, qu’il appartient à l’équipe pédagogique de définir précisément les heures attribuées à chaque discipline et que le choix et la réalisation des projets restent sous sa responsabilité.

Les PLP voient leur charge de travail augmenter et se diversifier : PPCP, projet artistique et culturel (PAC), modules, enseignements de soutien, ECJS. Nous revendiquons des moyens nouveaux pour la préparation, le suivi et la concertation, au-delà de ce qui est consenti
dans des conditions très restrictives. En revendiquant cela, nous n’hypothéquons pas l’action pour la redéfinition de notre temps de travail dans le cadre de la réduction du temps de travail.