Accueil > Actualités > Banlieues : Sarkozy a un plan !

Actualités

Article PEF 94, CGT Educ’Action

Banlieues : Sarkozy a un plan !

mardi 18 mars 2008, par CGT Educ’Action 94

Cette fois, plus question de « nettoyer la racaille au karcher » : il s’agit ni plus ni moins que de restaurer « l’excellence scolaire dans les quartiers prioritaires ».

Premier hiatus entre le discours du président de la République et celui de ses ministres Fadela Amara et Xavier Darcos : pour le premier, les quartiers restent prioritaires, pour les seconds, il faut abolir le zonage jugé trop stigmatisant.

C’est ce qu’il reste des ZEP (« ambition réussite », EP2 et EP3) qu’il faut s’attendre à voir disparaître, au profit de mesures individuelles pour les présumés méritants, pour lesquels la seule voie de réussite envisagée est de sortir de leur quartier.

Or, c’est dans les premières années de la scolarité que se creusent les écarts. Il faudrait donc agir à la base (école maternelle et élémentaire, puis collège) pour améliorer le niveau de tous, et non attirer les meilleurs vers des lycées et des grandes écoles de prestige, loin de ces quartiers dont on ne parle qu’avec des guillemets.

Lors de sa campagne électorale, le candidat Sarkozy avait promis un « plan Marshall » pour les banlieues. Le président ne propose qu’un catalogue de mesures de colmatage (dont le seul intérêt est de ne
pas coûter trop cher) là où il aurait fallu une réelle réflexion de prévention.

Fadela Amara assure qu’on va enfin en finir avec l’empilement des mesures... mais aucune évaluation de celles mises en place dans le cadre du plan Borloo en 2005 n’a été faite !

Inventaire à la Prévert du volet scolaire :

Création de 30 sites d’excellence « afin d’améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage » dans les quartiers prioritaires ; ces sites seront jumelés à des établissements supérieurs de renom ou des
entreprises.

Sur ces sites, des « classes d’élite » rassembleront les meilleurs élèves qui bénéficieront d’un « enseignement d’excellence » ; l’encadrement y sera renforcé.

L’installation d’établissements d’enseignement privé sera favorisée grâce à un fonds spécial alimenté par l’Education nationale : le privé "a fait la preuve de sa capacité à accueillir des publics très divers... et à leur proposer une pédagogie et un encadrement leur permettant de
renouer avec la réussite scolaire".

Le « busing » permettra de transporter les élèves vers les écoles de centre ville pour casser les ghettos scolaires (et pourquoi pas l’inverse ?) Les collèges les plus dégradés seront détruits et reconstruits. Les places en internats de réussite éducative vont être multiplées.

Les écoles de la 2e chance seront développées afin de permettre aux décrocheurs scolaires de "renouer avec le cercle vertueux
de la réussite".

Cette obsession de l’élite et de l’excellence ne vise donc qu’une poignée de jeunes. Et encore, à condition qu’ils sortent de leurs cités !
Nous sommes loin de la conception de la mixité sociale que défend notre organisation.

Pour la CGT "la mixité doit rester une valeur fondamentale de l’école, dont la mission est d’intégrer les différentes formes de mixité (sociale, sexuelle, scolaire, ethnique)... afin d’en faire une richesse.

L’hétérogénéité doit être reconnue comme positive et devenir un principe
d’affectation des élèves. Son enjeu est triple :

- citoyen, car tous les élèves, quels que soient leur milieu, leur culture, leur niveau, s’y côtoient ;

- scolaire, car elle permet de réduire les ghettos éducatifs et assure une meilleure réussite pour tous ;

- de cohésion sociale, car elle met à bas toute tentation séparatiste ou communautariste.

Aussi il faut maintenir la carte scolaire, juste dans son principe, seul instrument de régulation à l’école et meilleur moyen d’apprendre à vivre ensemble, mais en redéfinir les secteurs et le fonctionnement pour casser inégalités et ségrégation, et garantir partout une
offre scolaire homogène."

Le seul et unique but d’un « plan banlieue » réfléchi devrait être de faire en sorte qu’on parle de quartiers sans guillemets.

Pour cela, il faut assurer la présence des services publics sur l’ensemble des territoires, encourager et développer les actions culturelles, prendre des mesures en termes de logement, de transport, d’emplois stables partout, afin de créer les conditions d’une mixité sociale épanouissante, pour les jeunes comme pour l’ensemble de la population.