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Vos droits

Les associations professionnelles opposées à la réforme du lycée

dimanche 17 janvier 2010, par CGT Educ’Action 94

La reÌ forme du lyceÌ e : menaces sur une eÌ ducation de qualiteÌ pour tous les eÌ leÌ€ves

AEEPS, APEMU, APHG, APLV, APMEP, APSES, UDPCC, Lille 12 janvier 2010

La reÌ forme du lyceÌ e : menaces sur une eÌ ducation de qualiteÌ pour tous les eÌ leÌ€ves.

Plusieurs associations disciplinaires d’enseignants du second degreÌ se sont rencontreÌ es reÌ cemment aÌ€ Lille, et tiennent aÌ€ faire part de leurs remarques critiques sur le projet de reÌ forme du lyceÌ e porteÌ par le ministre de l’Education Nationale, Luc Chatel.

Une reÌ forme du lyceÌ e est certes neÌ cessaire, mais celle qui est « proposeÌ e » nous paraiÌ‚t eÌ minemment dangereuse pour l’avenir des eÌ leÌ€ves, et ce pour plusieurs raisons :

Une baisse annonceÌ e de la qualiteÌ de la formation des eÌ leÌ€ves : Dans la plupart des disciplines, le projet de reÌ forme aboutit aÌ€ une diminution des horaires de cours. Cela implique neÌ cessairement une baisse des connaissances et des savoir-faire que les lyceÌ ens pourront acqueÌ rir au cours de leur scolariteÌ . Est-ce ainsi que l’on ameÌ liore la formation des futurs citoyens ?

Une reÌ forme des structures qui oublie les contenus : Dans le projet, il n’y a pas de reÌ flexion globale sur les programmes de chaque discipline, de chaque seÌ rie : le ministeÌ€re semble avoir pour seul but de diminuer les horaires, sans jamais s’interroger sur les objectifs du lyceÌ e, sur les savoirs et savoir-faire qui doivent y eÌ‚tre transmis, sur la formation que les jeunes doivent recevoir. Peut-on reÌ former le lyceÌ e en ignorant ces questions essentielles ?

Des seÌ ries geÌ neÌ rales affaiblies dans leur speÌ cificiteÌ : Une seÌ rie litteÌ raire plus « linguistique » ? Les Langues Vivantes voient leur horaire diminuer en L. Une seÌ rie ES renforceÌ e ? Les SES voient leur horaire diminuer. Une seÌ rie S plus scientifique ? Les disciplines scientifiques voient leur horaire diminuer. Quelle est la logique peÌ dagogique de ces mesures ?

Une accentuation de l’eÌ litisme des structures du lyceÌ e : Contrairement aÌ€ l’annonce d’un reÌ eÌ quilibrage des seÌ ries, la reÌ forme va accentuer la hieÌ rarchie implicite entre celles-ci. La disparition des MatheÌ matiques en seÌ rie L affaiblit cette dernieÌ€re ; la seÌ rie ES est affaiblie dans sa speÌ cificiteÌ (SES) et sa diversiteÌ (suppression de la speÌ cialiteÌ LV) ; la seÌ rie S est censeÌ e eÌ‚tre plus « scientifique », mais les disciplines scientifiques voient leur horaire diminuer, et au final la seÌ rie S apparaiÌ‚t toujours comme la seÌ rie la plus geÌ neÌ raliste (voire la seule) : ceci ne peut manquer d’attirer toujours plus d’eÌ leÌ€ves en S, d’autant que le principe des « sas » rendra ce choix d’orientation encore plus attractif. Quel reÌ eÌ quilibrage ? Quelle ameÌ lioration de l’orientation des eÌ leÌ€ves ?

Une voie technologique ignoreÌ e : Les annonces gouvernementales n’eÌ voquent que le lyceÌ e geÌ neÌ ral. Les seÌ ries STI et STL sont annonceÌ es comme devant eÌ‚tre reÌ formeÌ es selon des modaliteÌ s comparables aÌ€ ce qu’ont deÌ jaÌ€ connu les seÌ ries STG et STSS. Ces deux dernieÌ€res seÌ ries ne sont pas eÌ voqueÌ es. De meÌ‚me, les lyceÌ es agricoles sont ignoreÌ s dans la reÌ flexion ministeÌ rielle.

Un lyceÌ e moins deÌ mocratique dans son fonctionnement : Le roÌ‚le peÌ dagogique accru du proviseur et du « conseil peÌ dagogique » deÌ bouche sur un lyceÌ e plus ineÌ galitaire et moins deÌ mocratique. IneÌ galitaire, parce que l’adaptation locale des horaires signifie des horaires diffeÌ rents d’un lyceÌ e aÌ€ l’autre, les lyceÌ es eÌ tant en concurrence les uns avec les autres. Moins deÌ mocratique, parce que cette reÌ forme deÌ boucherait sur une mise en concurrence geÌ neÌ raliseÌ e des disciplines au sein d’un meÌ‚me eÌ tablissement, avec un proviseur imposant finalement ses volonteÌ s.

Quel baccalaureÌ at ? Officiellement le bac n’est pas concerneÌ par cette reÌ forme. Cependant, avec les groupes de compeÌ tences en langues vivantes, et, plus largement, des horaires qui changent d’un eÌ tablissement aÌ€ l’autre, comment conserver un examen national ?

Les errements de la reÌ forme des universiteÌ s transfeÌ reÌ s au lyceÌ e : Le projet ChaÌ‚tel mettrait en place des « sas de reÌ orientation ». A l’universiteÌ , la « possibiliteÌ » de changer de cursus en cours d’anneÌ e ne reÌ sout pas les probleÌ€mes des eÌ tudiants les plus fragiles, pour qui les difficulteÌ s entraiÌ‚nent trop souvent l’abandon des eÌ tudes. « Changer de voie » en cas de difficulteÌ n’est qu’un pis-aller. Ce dont les eÌ leÌ€ves et eÌ tudiants ont besoin, c’est d’eÌ‚tre mieux encadreÌ s.

Pour toutes ces raisons, les associations disciplinaires de l’acadeÌ mie de Lille ci-dessous rejettent le projet de reÌ forme du lyceÌ e proposeÌ par Luc Chatel. Elles en demandent le retrait et l’ouverture d’une reÌ elle reÌ flexion de fond sur les pistes aÌ€ suivre pour ameÌ liorer le lyceÌ e.

Elles tiendront une confeÌ rence de presse le mercredi 20 janvier, aÌ€ 14h, au CafeÌ Citoyen (Lille, Place du Vieux MarcheÌ aux Chevaux) Contacts :

- Association des enseignants d’eÌ ducation physique et sportive (AEEPS) : Fabrice Paindavoine, fabrice.paindavoine@aeeps.org

- Association des professeurs d’eÌ ducation musicale (APEMU) : Marie-Françoise Quinet, mfquinet@dbmail.com

- Association des professeurs d’histoire-geÌ ographie (APHG) : François da Rocha Carneiro, darochajm@gmail.com

- Association des professeurs de langue vivante (APLV) : Sylvestre Vanuxem, sylvestre.vanuxem@free.fr

- Association des professeurs de matheÌ matiques de l’enseignement public (APMEP) : Dominique CambreÌ sy, dcambresy@neuf.fr

- Association des professeurs de sciences eÌ conomiques et sociales (APSES) : Romain GeÌ ny, 06 42 25 15 65, romain.geny@club-internet.fr

- Union des professeurs de physique et de chimie (UDPPC) : Jean-Christophe NazeÌ : [pa_lille@udppc.asso.fr]

Communiqué de presse de l’APSES du 11 janvier 2010 : Septembre 2010, des SES amputées et dénaturées par des programmes bà¢clés ?

Malgré les 9 000 signatures à l’appel lancé par l’APSES pour une généralisation de cet enseignement à l’ensemble des élèves de seconde, malgré le soutien massif de la communauté universitaire et scientifique en économie, sociologie, anthropologie et science politique à cet appel (plus de 900 signataires), malgré les tribunes et les soutiens publics de personnalités aussi reconnues que Philippe Meirieu, Daniel Cohen, Christian Baudelot, Pierre Rosanvallon, Françoise Héritier, Nonna Mayer, malgré la manifestation organisée à Paris par l’APSES qui a réuni, le 2 décembre, près de 20 % des enseignants de SES, le ministre fait la sourde oreille et feint d’ignorer les incohérences de sa réforme pour les Sciences Economiques et Sociales.

Rappelons que cet enseignement paie, plus que d’autres, le prix fort de cette réforme. En seconde, alors que la nécessité de recourir à des raisonnements économiques et sociologiques rigoureux est plus que jamais nécessaire pour décrypter l’actualité, l’enseignement de SES est mis en concurrence avec un enseignement de « Principes de l’économie et de la gestion » et relégué à un statut d’ « enseignement d’exploration » d’une heure et demie par semaine. Dans le cycle terminal, alors même que le rapport de Richard Descoings affirmait que la série ES « semble avoir trouvé un point d’équilibre entre les différentes disciplines », cette série est déstabilisée par une diminution importante des horaires de l’enseignement spécifique à cette série (il n’y aurait plus que 5 heures de SES en TES, alors qu’il y a 8h30 de sciences en TS et 8 heures de philosophie en TL) et par les possibilités pour les élèves de changer de série en cours ou en fin d’année de première : un élève pourrait donc arriver en Terminale ES sans jamais avoir suivi une seule heure de SES et passer le baccalauréat ES à la fin de l’année ! Les spécialités Langues, Mathématiques et Science politique sont tout simplement supprimées. Au cours de l’ensemble de sa scolarité, un bachelier ES qui aurait suivi l’enseignement exploratoire en seconde aura reçu 25 % d’heures de SES en moins qu’aujourd’hui. C’est ainsi que Luc Chatel affirme améliorer le niveau de connaissances économiques et sociales des français !

Plus profondément, c’est la nature même de l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales qui est remise en cause par cette réforme. En seconde, en 90 minutes chaque semaine et sans heures en demi classe, il ne s’agit plus de permettre aux citoyens en formation que sont les élèves d’accéder aux savoirs et méthodes des sciences économiques et sociales indispensables pour exercer pleinement cette citoyenneté. La finalité est seulement de « tester leurs goà »ts et aptitudes » par la découverte d’un enseignement absent du collège mais qui occupe une place importante dans une série du baccalauréat et dans beaucoup de filières de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, dans le cycle terminal, le Haut Conseil de l’Education approuve la séparation entre l’économie et les autres sciences sociales en spécialité de Terminale, et va plus loin en demandant à ce qu’elle soit généralisée, dénaturant ainsi les fondements qui ont permis le succès de cet enseignement depuis plus de 40 ans.

Cette volonté apparaà®t dans la méthode de confection des programmes choisie : expéditive (le Groupe d’Experts doit confectionner de nouveaux programmes en moins d’un mois), peu respectueuse des équilibres disciplinaires (deux économistes et un seul sociologue dans le Groupe d’Experts) et de l’expertise pédagogique des enseignants qui appliqueront ces programmes (un seul enseignant du secondaire dans le Groupe d’Experts).

Il a été demandé à l’APSES d’être représentée es qualité au sein du Groupe d’Experts par son président. En dépit des critiques fortes à l’encontre de la composition du groupe d’experts et des délais expéditifs de confection des programmes, l’APSES a accepté de participer à ce travail afin de garantir que les principes qui ont présidé jusqu’ici à la réussite des SES au lycée soient préservés : combiner sans les opposer les objectifs de formation générale à la citoyenneté et de formation disciplinaire ; partir de problématiques contemporaines pour amener les élèves à acquérir les savoirs et méthodes des différentes sciences sociales ; permettre sur certains thèmes le croisement de ces approches lorsqu’il est fécond. L’APSES tirera les conclusions qui s’imposent si les programmes proposés contrevenaient à ces principes.

Mais l’essentiel se joue aussi ailleurs car l’APSES ne se résigne pas à une réforme du Lycée qui vise d’abord à réduire l’offre de formation disciplinaire pour faire des économies budgétaires dérisoires sur l’Education et qui conduit à une conception rétrograde de la pédagogie (les cours frontaux en classe à 35 élèves et plus vont s’accroà®tre avec le tronc commun de première et le localisme de l’attribution des heures dédoublées) confirmée par la dégradation notoire de la formation professionnelle des futurs enseignants dans le cadre de la réforme dite de « mastérisation ».

Nous appelons tous les professeurs de SES et tous les citoyens à se mobiliser au cours des semaines à venir pour que le ministère révise son projet, notamment lors des actions prévues les 14 et 21 janvier 2010 ainsi que lors de la « Semaine d’action nationale pour les SES au lycée » (du 25 au 30 janvier), qui se clôturera par la grande manifestation nationale du samedi 30 janvier.

Contacts : Président : Sylvain DAVID sylvain.david3@free.fr / 06 75 81 40 37 Vice-présidente : Marjorie GALY marjorie.galy@wanadoo.fr / 06 62 22 04 35 Secrétaires généraux : Renaud Chartoire - chartoire@aol.com / 06 18 28 16 52 Rémi Jeannin - jeannin.remi@gmail.com / 06 73 74 99 35