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article de l’Humanité du 06 octobre

Matthieu Brabant « Pas de cagnotte, mais une meilleure orientation »

interview du secrétaire académique de la cgt educ’action créteil

mardi 6 octobre 2009, par CGT Educ’Action 94

Éducation . Opposé à l’idée de payer les élèves pour qu’ils viennent en cours, Matthieu Brabant, de la CGT Éduc’Action, propose des pistes pour résoudre le problème complexe de l’absentéisme.

Faire miroiter de l’argent pour que les élèves aillent en cours ? L’expérience, lancée hier par le rectorat de Créteil (Val-de-Marne) dans trois lycées professionnels, n’en finit plus de créer la polémique. Secrétaire académique de la CGT Éduc’Action et professeur de maths-sciences à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Matthieu Brabant dénonce cette stratégie de la carotte qui, malheureusement, pourrait bien faire des émules. Hier, un proviseur marseillais s’est dit prêt à offrir, chaque mois, des billets pour les matchs de l’Olympique de Marseille aux élèves de la classe la plus assidue…

Quel pensez-vous de cette idée de « cagnotte » anti-absentéisme ?

Matthieu Brabant. On est totalement opposé à cette mesure qu’on a découverte dans la presse. Donner de l’argent à des élèves pour qu’ils soient présents ne correspond pas du tout à notre manière de voir le service public d’éducation. Nous sommes face à des élèves scolarisés, pas à des apprentis en contrat ! La motivation pour venir en classe relève de problèmes complexes, et ce n’est sûrement pas en « achetant » la présence des élèves qu’on parviendra à relever ce défi.

Pourquoi la filière professionnelle est-elle plus touchée par ce problème de l’absentéisme ?

Matthieu Brabant. La voie professionnelle est clairement dévalorisée. Une grande partie des élèves, voire la totalité dans certains établissements, arrivent ici par défaut après une scolarité difficile. Cet état de fait entraîne fatalement de l’absentéisme. Comment voulez-vous motiver un élève à un métier qu’il n’a pas choisi et qui ne l’intéresse pas ? Ce problème d’orientation s’est aggravé avec la réforme du bac pro en trois ans. Le raccourcissement de la filière, et les exigences que cela sous-entend, a accentué les décrochages et entraîné plus d’absentéisme. C’est flagrant dans mon établissement : en 2007, on avait proposé un « bac pro trois ans » en métallurgie. Sur les 24 élèves prévus, 16 se sont inscrits et seule une douzaine étaient réellement présents la première année. Au bout des trois ans, il ne restait que quatre élèves…

Quelles sont alors les solutions pour lutter efficacement contre l’absentéisme ?

Matthieu Brabant. Il faut travailler sur l’orientation et valoriser la voie professionnelle. À la CGT, nous proposons un « cycle de détermination » troisième-seconde. Pendant ces deux années, l’ensemble des élèves pourraient découvrir alternativement les trois filières (générale, technologique ou professionnelle) et se déciderait pour l’une ou l’autre uniquement à l’issue de la seconde. L’actuelle réforme du bac pro, elle, n’améliore rien. Au contraire, elle sous-vend totalement la formation. Comment ont réagi vos élèves à cette proposition de « cagnotte » ? Matthieu Brabant. Je leur en ai parlé ce matin (hier - NDLR). Certains, les plus tentés par l’apprentissage et par la perspective d’une paye, se sont dit « pourquoi pas ? ». Mais la majorité ne croyait pas à l’efficacité de la mesure. Selon eux, des élèves peuvent être tentés de revenir par appât du gain, mais ce n’est pas pour ça qu’ils travailleront… Ils m’ont dit : « Ce qu’il faut, Monsieur, c’est donner envie de venir. »

Entretien réalisé par

Laurent Mouloud

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