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Hubert Montagner

Le Président de la République et son gouvernement n’aiment pas les enfants

Y a-t-il une place pour l’enfant dans la société française ?

mercredi 6 mai 2009, par CGT Educ’Action 94

Par Hubert Montagner, spécialiste reconnu des rythmes biopsychologiques des enfants, [ Professeur des Universités retraité depuis 2004, après avoir été Professeur des Universités, Directeur de l’Unité 70 de l’INSERM à MONTPELLIER et Directeur de Recherche à l’INSERM (dernière affectation : UMR CNRS 5543, Université de BORDEAUX 2)]


Alors que le monde s’apprête à célébrer le XX ème anniversaire de la Charte Internationale des Droits de l’Enfant, il est infiniment regrettable que la “société des adultes” n’accorde toujours pas aux enfants la place qui devrait leur revenir, et le respect qui devrait leur être dû.

Les propos, décisions et mesures du Président de la République française et de son gouvernement en fournissent une illustration caricaturale.

Malheureusement, l’opinion publique qu’ils anesthésient et brutalisent
n’est pas vraiment consciente que la condition de nombreux enfants est précaire dans une jungle de pouvoirs et d’égoïsmes qui génèrent peurs, stress, blocages affectifs et inhibitions, inquiétude, anxiété et angoisse, “troubles” somatiques et psychiques. Ou alors, les enfants sont “oubliés” ou niés. Quelques exemple sont particulièrement édifiants.

- La suppression de maternités sans considération ou évaluation
sérieuse des conséquences humaines et médicales, parfois graves pour la mère et son bébé.

- La remise en question larvée de la durée du congé de
maternité
(propos récents du Président de la République) après “le retour en fanfare” de la Garde des Sceaux aux affaires politiques quatre jours après avoir mis un bébé au monde. Ce qui met implicitement en cause la durée actuelle du congé parental à l’occasion d’une naissance. Evidemment, tant mieux pour elle si son accouchement s’est bien passé et si son bébé se porte comme un charme. Tant mieux pour elle si un ou des tiers ont pu garder le bébé à son retour dans son ministère. Mais, la garde des Sceaux paraît ignorer dans sa superbe les difficultés, contraintes, obligations et souffrances qui nécessitent pour de nombreuses mamans
un arrêt de travail d’une durée de plusieurs semaines, parfois des mois, avant et après l’accouchement. Elle n’a pas eu un mot pour elles. En tout cas, on ne l’a pas entendu. En outre, de toute évidence, elle ne sait pas que, tout au long de l’après naissance, les interactions accordées entre la mère et son bébé sont nécessaires pour qu’un attachement “sécure” s’installe entre eux. Il faut bien plus de quatre jours pour que l’attachement se consolide. Le plus souvent, plusieurs semaines sont nécessaires pour que les deux personnes puissent s’ajuster l’une à l’autre dans leurs rythmes, leurs comportements, leurs émotions et leur affectivité, et pour que le père et la fratrie puissent trouver leur place. C’est encore plus compliqué lorsque les mères vivent seules, dans la détresse ou sans attache familiale. Quel égoïsme !

- L’insuffisance qualitative et quantitative des structures d’accueil pour la petite enfance (crèches et structures apparentées), alors que la natalité en France est la plus forte d’Europe ... et du monde occidental.

- L’insuffisance ou l’inexistence dans ces structures de places
réservées aux enfants porteurs d’un handicap
, aux enfants “border
line” et aux enfants dont les parents sont issus de l’immigration, en
particulier quand leurs revenus ne leur permettent pas d’envisager cette possibilité (les crèches ne sont pas gratuites).

- La négation de l’importance du rythme veille-sommeil dans
la croissance, le développement et les équilibres de l’enfant
, c’està-
dire la succession des épisodes de sommeil au cours des 24
heures, en particulier la ou les siestes. On a en effet entendu le Ministre de
l’Education Nationale s’étonner qu’il faille assurer aux professeurs des écoles une “formation bac +5” pour qu’ils fassent “faire la sieste” aux enfants de l’école maternelle. C’est évidemment indigne. Pourquoi le Ministre reste-t-il pas au moins une journée dans les écoles qu’il visite plutôt que frimer devant les caméras ? Il constaterait alors que la grande majorité des enfants de la petite section et de la moyenne section ont besoin d’une sieste reconstituante à la mi-journée (avec des visites renouvelées, il pourrait enfin apprécier l’importance de l’école maternelle dans le développement corporel et cérébral de l’enfant). La méconnaissance ou le non respect de la sieste dans la famille, à la crèche, à l’école maternelle et ailleurs, ont logiquement pour conséquence une diminution de la durée du sommeil quotidien.

Par ailleurs, toutes les études récentes montrent que, à tous les âges, la durée du sommeil nocturne a diminué au cours des vingt dernières années. En conséquence de la diminution de la durée du sommeil nocturne et du non respect de la sieste, on réduit logiquement les capacités de récupération physique, physiologique, mentale et intellectuelle de l’enfant, mais aussi sa vigilance, ses capacités d’attention et de traitement de l’information. On perturbe sa croissance, ses équilibres affectifs et biologiques, ses capacités de mémorisation et la consolidation de ses apprentissages. Que fait le Ministre de l’Education Nationale pour prendre en compte cette réalité ? RIEN, sinon fustiger les enseignants d’école maternelle soucieux de respecter le rythme veille-sommeil des enfants.

- L’absence de stratégies et lieux d’accueil appropriés pour recevoir les enfants et leur famille dans les différentes structures de vie et
d’éducation, parfois de soins, pour la petite enfance, notamment quand ils sont en difficulté et présentent des particularités biologiques ou psychologiques qui en font des personnes “pas comme les autres”.

- Le lancement de l’idée de créer des jardins d’éveil pour garder les jeunes enfants, sans aucune réflexion ou conceptualisation. Ce sont des coquilles vides, “justifiées” notamment par le colloque “L’école à deux ans : est-ce bon pour l’enfant ?” qui s’est tenu le 1er avril 2006 à l’Assemblée Nationale, et l’ouvrage collectif publié en août 2006 par les Editions Odile Jacob. J’ai participé à ce colloque pour expliquer pourquoi il est nécessaire d’améliorer les structures existantes (crèches, écoles maternelles ...), et non pas pour demander la suppression de l’une ou l’autre. Si on se fonde sur la recherche fondamentale, les observations cliniques et le vécu des éducateurs et enseignants, il faut rénover les structures d’accueil et en créer de nouvelles. Elles doivent avoir pour mission d’accueillir tous les enfants, sans exclusive, et donc être gratuites (il est important qu’elles soient sous la responsabilité d’une équipe pluridisciplinaire, constituée notamment de Professeurs des écoles : pour plus de précisions, voir le document “les crèches-écoles enfantines”). De toute évidence, avec les jardins d’éveil, le projet du gouvernement (et pas seulement des deux sénateurs qui l’ont rédigé), est de créer des structures privées dont la logique serait le profit : non fondées sur un accueil optimisé des enfants et de leur famille, et sur un
aménagement approprié du temps et des espaces, elles auraient pour objectif et finalité de rapporter de l’argent à leurs promoteurs et constructeurs, c’est-à-dire d’obéir à une logique marchande. Le Président de la République et le gouvernement penseraient-il à des amis patrons d’entreprise ?

- L’absence de réflexion véritable sur les finalités, le fonctionnement et l’organisation de l’école maternelle pour tous les enfants, sans laisser un seul au bord de la route. Alors que tout le monde s’accorde à reconnaître son importance, les “décideurs” et les autres responsables du système éducatif la laissent volontairement dans le flou. Pauline KERGOMARD et ses amis pédagogues doivent se retourner dans leur tombe devant
les menaces qui pèsent sur l’école maternelle qu’elles ont inventée au XIX ème siècle, et que de nombreux pays nous envient. L’absence de définition claire des finalités de l’école maternelle, de son organisation et de son fonctionnement, la rend vulnérable et ouverte à tous les appétits ou idéologies. Allons-nous permettre qu’elle soit démantelée et/ou bradée pour augmenter les profits de quelques-uns ?

- L’aménagement du temps scolaire à contretemps des
rythmes et du développement des enfants
... de tous les enfants,
mais surtout ceux qui sont en difficulté, l’organisation de la journée à
l’école étant la même de la petite section de l’école maternelle (enfants de trois à quatre ans, parfois de deux à trois ans) au CM2 (écoliers de dix à onze ans). Le passage généralisé de la semaine de quatre jours et demi à la semaine de quatre jours entraîne une augmentation de la pression relationnelle et intellectuelle sur les enfants car les enseignants doivent faire en quatre jours ce qu’ils faisaient en quatre jours et demi. Sous la pression de la hiérarchie, mais aussi parce qu’ils sont convaincus de cette “nécessité”, ils privilégient “logiquement” les apprentissages des
“fondamentaux” (vocabulaire, grammaire, syntaxe de la langue française ; calcul et mathématiques). Il ne reste plus de temps suffisant pour les autres apprentissages et activités (arts plastiques, musique, chant choral, biologie, histoire, géographie, découverte de l’environnement ...), et aussi pour les moments de détente, soupapes absolument nécessaires, surtout lorsque les enfants sont en difficulté. Il est fréquent que le manque de temps dans la journée entraîne également une augmentation horaire de la journée scolaire la plus longue du monde parce que, faute de temps
suffisant dans la journée (“on n’y arrive pas” disent-ils), un nombre non négligeable d’enseignants prolongent l’après-midi scolaire jusqu’à 16h.40, 16h.50 ou au delà. Il faut ajouter le temps consacré aux devoirs à la maison alors qu’ils sont interdits par une dizaine de circulaires ministérielles. Que deviennent en fin d’après-midi les temps d’activités ludiques, d’apaisement, de sécurité affective, de tendresse ... avec
les parents et les autres partenaires familiaux ou familiers ? La France a ainsi la “super journée” la plus longue du monde. Pourtant, le Ministre de l’Education Nationale qui a institué la semaine de quatre jours, aggravant ainsi les difficultés des enfants vulnérables, en souffrance ... se répand maintenant dans les médias en disant qu’il est contre cette semaine. Où est la cohérence ? Faut-il rappeler que, pour imposer cette semaine, il a tenté de disqualifier les scientifiques en affirmant dans les médias que la chronobiologie est une spécificité française ! Ses propos sont non
seulement diffamatoires, mais également stupides. N’importe qui peut “cliquer” chronobiologie ou rythmes biologiques sur internet, et constater la richesse de ce champ disciplinaire et pluridisciplinaire.

- L’aggravation en classe de la pression intellectuelle et
relationnelle avec la forte augmentation du poids des
“fondamentaux” au cours de chaque journée scolaire, combinée à
la semaine de quatre jours, encore plus dévastatrice, surtout pour
les enfants en difficulté.
( lire la suite....sur le site de P. Meirieux ou ci contre)


Voir la Réunion d’information syndicale organisée par la CGT Educ Action 94 le 29 novembre 2008 !

document ci dessous en version imprimable :

Réunion d’information syndicale : Mise en perspective de la logique des contres réformes touchant les secteurs de la petite enfance, l’enfance en général ...

La CGT Educ action 94 convie les collègues enseignants du premier et second degré à participer à une réunion d’information syndicale le 29 novembre 2008 de 9H00 à 12h00 à la maison des syndicats de Créteil. Le thème portera autour de la :

" Mise en perspective de la logique des contres réformes touchant les secteurs de la petite enfance, l’enfance en général : de l’éducation nationale en général à la justice en passant par tous les secteurs de l’enfance ( crèches et PMI, action sociale, animation, protection de l’enfance, protection judiciaire de la jeunesse, justice...)."

Tous les secteurs de l’enfance en général et de la petite enfance sont touchés par les contres réformes !

Mise en perspective des contres réformes à l’éducation : de la maternelle au lycée...

- conséquences sur l’enfant de la mise en place des heures de soutien scolaire ....

- La menace sur la maternelle concerne les enseignants mais aussi le syndicat du conseil général...( crèche et PMI)

- La mise en place des heures de soutien hors temps scolaire ou l’école le mercredi matin est une remise en question de l’essence même d’éducation populaire via les centres de loisirs et leur projets pédagogiques .....

Protection de l’enfance, protection judiciaire de la jeunesse et remise en cause de l’éducatif pour plus de répressif....réforme de l’ordonnance de 45 et prévention de loi de la délinquance aussi.....

Quel avenir pour les jeunes ?

Pendant que l’école se vide et se vide et se videra de son contenu, de ses missions, de ses professeurs .... les prisons se remplissent et se rempliront-elles ?

Nous devons faire du lien pour lutter efficacement ensemble, trouver des modalités d’actions car tout est issu d’une même logique !"

Invités par la CGT Educ Action 94 :

FCPE 94, CGT territoriaux 94 ( dont crèche et PMI), CGT conseil général 94 ( dont collectif animateur et protection de l’enfance) , CGT Protection Judiciaire de la Jeunesse, CGT Pénitentiaire......

autres à venir.....


Autre article du Professeur H. Montagner

Les rythmes scolaires sont-ils adaptés aux besoins des enfants ?

"On ne peut ignorer les données des différentes recherches dès lors qu’on se propose d’aménager le temps scolaire dans la journée, la semaine et l’année". Nous avons demandé à Hubert Montagner, ancien directeur du laboratoire de psycho-physiologie de la Faculté des Sciences de Besançon, et spécialiste reconnu des rythmes biopsychologiques des enfants, de présenter rapidement les acquis de la recherche scientifiques sur les rythmes. Libre à chacun ensuite de comparer avec l’organisation de l’année scolaire, marquée en France par un nombre d’heures important sur un nombre de jours faibles.

L’aménagement du temps scolaire que l’on qualifie communément de rythmes scolaires ne peut être conçu dans l’ignorance des rythmes biopsychologiques des enfants de tous âges, c’est-à-dire des phénomènes combinant des variables biologiques et psychologiques qui se reproduisent à l’identique au bout d’un temps donné. Ils peuvent donc être définis par la quantité de temps qui sépare d’un jour à l’autre les “temps forts” d’une fonction donnée (c’est-à-dire la période), par exemple la sécrétion de la cortisone qui passe tous les jours par des valeurs maximales entre 06h.00 et 08h.00. On qualifie de rythmes circadiens ceux dont la période est d’environ vingt-quatre heures. Les rythmes ultradiens ont une période de quelques secondes, minutes ou heures (par exemple, le rythme cardiaque). Enfin, les rythmes infradiens sont lents : leur période peut être d’une ou plusieurs semaines, ou encore d’une ou plusieurs années. Synchronisé par l’alternance du jour et de la nuit, le rythme veille-sommeil est le principal donneur de temps (ou synchroniseur) des rythmes biologiques et biopsychologiques des êtres humains dans la journée et d’une journée à l’autre. En effet, les moments de la journée où on observe les valeurs maximales du métabolisme, du fonctionnement cardiaque, des sécrétions hormonales ... sont influencés par l’heure d’endormissement, la durée du sommeil et/ou l’heure d’éveil. Surtout “indexé” sur les rythmes familiaux et les rythmes sociaux, le rythme veille-sommeil est lui-même synchronisé par l’alternance du jour et de la nuit.

C’est le pédiatre allemand Th. Hellbrügge qui a été dans les années 1950-1960 le pionnier de la recherche fondamentale sur les rythmes biologiques d’enfants de tous âges. A la fin des années 1970, H. Montagner et ses collaborateurs ont réalisé différentes études sur les rythmes biopsychologiques des enfants en fonction de leur développement, de leurs comportements et des influences de l’environnement, y compris leurs différents partenaires. Puis, également à cette époque, mais surtout dans les années 1980, F. Testu a développé à la suite de P. Fraisse des recherches sur les fluctuations périodiques de certaines variables psychologiques chez les enfants scolarisés.

On ne peut ignorer les données des différentes recherches dès lors qu’on se propose d’aménager le temps scolaire dans la journée, la semaine et l’année.

Sans entrer ici dans les détails, les données et conclusions des recherches conduisent aux propositions suivantes :

1. la diminution de la durée de la journée scolaire.

En France, la durée de la journée scolaire est de six heures de temps contraint (cinq heures trente minutes de temps pédagogique et trente minutes de récréation). Elle est ainsi la plus longue du monde (il faut ajouter la durée des devoirs effectués à la maison et les autres temps contraints : voir les publications et livres de H. Montagner). ( lire la suite sur le site du
Café Pédagogique)