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Hommage à Jacques Lévine

L’actualité éducative du N°469 de janvier 2009, Par Jeanne Moll, sur le site des Cahiers Pédagogiques

jeudi 8 janvier 2009, par CGT Educ’Action 94

Extrait .....

Hommage à Jacques Lévine, L’actualité éducative du N°469 de janvier 2009, Par Jeanne Moll, sur le site des Cahiers Pédagogiques.

Jacques Lévine nous a quittés le 23 octobre 2008. Jeanne Moll, qui a pris sa succession à la présidence de l’Agsas, revient sur une œuvre à la croisée de la pédagogie, de la psychanalyse et de la philosophie.

lundi 5 janvier 2009

Il avait eu la joie de voir paraître, quelques semaines plus tôt, le livre auquel il tenait tant L’enfant philosophe, avenir de l’humanité  ? Ateliers Agsas de réflexion sur la condition humaine [1]. Ce livre était l’aboutissement d’une recherche de longues années, fondée sur l’expérience que les enfants, dans les conditions précises de l’atelier de philosophie, sont capables de construire, à terme, une pensée réfléchie sur les questions essentielles de la vie. L’enfant « s’y découvre porteur de cette dimension fondamentale de l’être qu’est la pensée dont on est soi-même la source. Son statut social, inégalitaire par rapport aux adultes, s’en trouve considérablement modifié. Confronté aux problèmes les plus fondamentaux qui préoccupent les hommes, il est implicitement invité à faire partie du club de ceux qui cherchent à rendre la terre plus habitable, la vie plus vivable. » (p. 68)

Cette conviction s’inscrit dans la haute conception de l’école qu’avait Jacques Lévine et qu’il a magistralement expliquée dans le livre qu’il a signé avec Michel Develay, Pour une anthropologie des savoirs scolaires, de la désappartenance à la réappartenance.

« Car l’école n’est pas ce qu’on croit. Nous avons à nous faire à l’idée qu’à l’école on pense moins à l’école qu’à sa vie, à la qualité de son avenir, de son destin, destin de soi-même, des siens, mais aussi de l’humanité. Il faut donc cesser le dialogue de sourds qui consiste à faire comme si l’élève n’était qu’un élève, l’enfant qu’un enfant. L’enfant, c’est aussi un anthropologue. Il n’est pas d’enfants aussi inhumains paraissent-ils, qui ne pensent à l’humain. À nous d’en tirer les conséquences. La pédagogie anthropologique est probablement la seule qui vaille », telles sont les dernières lignes de ce manifeste où les auteurs s’interrogent sur « l’art de bien faire grandir l’enfant en se gardant de séparer le faire grandir de l’enfant du faire grandir de l’espèce » (p. 11). Psychologue, assistant du professeur Henri Wallon, psychanalyste, Jacques Lévine a eu le constant souci de mieux comprendre et surtout de mieux accompagner le développement des enfants.

Un souci primordial  : le développement de l’enfant et celui de l’humanité

Le phénomène de l’échec scolaire l’a préoccupé très tôt [2]. Il fréquentait assidûment les écoles pour rencontrer les enfants et leurs maîtres et il retira de cette fréquentation une très fine connaissance du fonctionnement de l’institution. Dans le petit livre sur Les difficultés scolaires (1981) cosigné avec son ami Guy Vermeil [3], il fustige six « défauts fondamentaux du système scolaire » générateurs de difficultés chez beaucoup d’élèves  : « le mythe de la classe homogène, l’hypervalorisation du langage écrit abstrait, l’absence d’une pédagogie de l’échange et de l’identité, l’anachronisme du mode de recrutement, de formation et de fonctionnement des enseignants, les contresens sur la notion de maturité, l’irrationalité des rythmes de travail » (p. 23/24).

À ces défauts d’origine scolaire, Jacques Lévine et Guy Vermeil savaient qu’étaient intriqués des dysfonctionnements familiaux et les dysfonctionnements individuels. C’est pourquoi ils prônaient de ne pas séparer « une politique de lutte contre l’échec scolaire d’une politique de prévention des dysfonctionnements familiaux », ajoutant que « cette politique reste à inventer » (p. 49).

C’était il y a plus de vingt-cinq ans. Malheureusement, les changements survenus dans la société se sont répercutés à l’école. Jacques Lévine n’a pas cessé de s’intéresser au « nouveau peuple scolaire », plaidant sans relâche pour que les responsables éducatifs et les enseignants réfléchissent aux causes multiples des difficultés d’apprentissage, à la genèse du sentiment de désappartenance chez beaucoup d’enfants. Il rêvait d’une « école des quatre langages » qui fasse droit à l’intelligence abstraite, certes, mais aussi à l’intelligence des réalisations pratiques, à celle des relations et celle des curiosités et talents personnels.

Entre pédagogie et psychanalyse  : la création des groupes de « soutien au soutien » et de l’Agsas

C’est par souci de venir en aide à des enseignants désorientés par des enfants de plus en plus déstructurés, pour les former « à accueillir autrement les enfants qui leur donnent du fil à retordre, et autrement aussi leurs parents » (op.cit. p. 34) que Jacques Lévine a eu l’idée de créer au début des années 1970 des groupes qu’il a appelés ironiquement de « soutien au soutien ». Il s’agissait d’une nouvelle forme d’aide, indirecte et paradoxale, une aide d’abord en direction des adultes qui travaillent trop souvent dans la solitude.

( Lire la suite de l’article de Mme Jeanne Moll en cliquant sur ce lien)